Question de doctrine - I : Louis de Bonald - Sur la république

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Question de doctrine - I : Louis de Bonald - Sur la république

Message par Chasseur le Mer 21 Aoû - 14:57





Question de doctrine - I : Louis de Bonald - Sur la république

Louis-Gabriel-Ambroise, vicomte de Bonald
Théorie du pouvoir politique et religieux
Tome 1, pages 396 à 400

Edition Librairie D'Adrien Le CLERE et C
Année 1843











Dernière édition par Vincent le Sam 30 Nov - 14:07, édité 3 fois
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Louis-Auguste, Vicomte de Bonald : Supériorité de l'agriculture dans la société constituée

Message par Chasseur le Mer 4 Sep - 21:22

Louis-Auguste, Vicomte de Bonald, Théorie du pouvoir politique et religieux

Supériorité de l'agriculture dans la société constituée, par le vicomte Louis Auguste de Bonald

L'or est devenu la divinité extérieure et sensible des sociétés commerçantes et républicaines, qui sont aussi plus riches en général que les sociétés catholiques. Mais le commerce n'est si fort en faveur dans les sociétés non constituées ou les républiques, que parce qu'il place l'homme à l'égard de son semblable, dans l'état sauvage, tel qu'il peut exister au sein des sociétés policées, et qu'il s'allie naturellement avec des gouvernements où les lois ne sont que les volontés particulières de l'homme dépravé. Cette assertion paraît un paradoxe ; venons à la preuve. Quel est le caractère de l'état sauvage ? C'est de placer les hommes, les uns à l'égard des autres, dans un état de guerre ou d'envahissement de la propriété : or le commerce, tel qu'il se pratique presque partout en Europe, est un envahissement réel de la propriété d'autrui ; et lorsqu'on voit le marchand n'avoir aucun prix réglé pour ses marchandises, le commerçant spéculer sans pudeur sur le papier empreint du sceau funeste de l'expropriation la plus odieuse, le négociant, quelquefois le plus accrédité, faire arriver en poste de la maison voisine des courriers haletants de sueur et de fatigue, pour répandre une nouvelle politique qui puisse hausser le prix des effets qu'il veut vendre, ou faire baisser le prix de ceux qu'il veut acheter, on a sous les yeux, réellement et sans métaphore, le spectacle hideux d'une bande de sauvages qui se glissent dans l'obscurité, pour aller enlever la chasse de leur ennemi, ou incendier son habitation. Je dis plus, et sans recourir à ces abus malheureusement trop communs, je soutiens que le commerce, même le plus honnête, place nécessairement les hommes, les uns à l'égard des autres, dans un continuel état de guerre et de ruse, dans lequel ils ne sont occupés qu'à se dérober mutuellement le secret de leurs spéculations, pour s'en enlever le profit, et élever leur commerce sur la ruine ou la diminution de celui des autres ; au lieu que l'agriculture, dans laquelle tous les procédés sont publics et toutes les spéculations sont communes, réunit les hommes extérieurs dans une communauté de travaux et de jouissances, sans diviser les hommes intérieurs par la crainte de la concurrence ou la jalousie du succès. Aussi l'agriculture doit-elle être le fondement de la prospérité publique dans une société constituée, comme elle y est la plus honorable et la plus utile des professions qui ne sont pas sociales ; et le commerce est, dans une société non constituée, le fondement de la fortune publique, comme il est, dans ces mêmes sociétés, la source de toute considération personnelle.

Louis-Auguste, Vicomte de Bonald, Théorie du pouvoir politique et religieux (1796): Deuxième partie: Sociétés religieuses, Livre II: Religion chrétienne ou constituée, 14. Observations générales sur les sociétés constituées et non constituées.
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Louis de Bonald sur la démocratie et la république

Message par Chasseur le Mer 4 Sep - 21:35

DEMOCRATIE

On supposait que la volonté de tous était ou représentait la volonté générale, et l'on ne voyait pas que la volonté de tous,-même en la supposant unanime, n'était que la somme des volontés particulières de l'homme naturel, des volontés essentiellement dépravées et destructives, au lieu que la volonté générale ou la volonté du corps-social est essentiellement droite, puisqu'elle n'est autre chose
que la nature ou la tendance naturelle d'un être à remplir sa fin. Rousseau a aperçu cette vérité; il la développe, et par une inconséquence inexcusable, il l'abandonne un instant après. «II y a souvent, dit cet auteur, « bien de la différence entre la volonté de tous et la volonté générale celle-ci ne regarde que l'intérêt commun, l'autre regarde à l'intérêt privé et n'est qu'une somme de volontés particulières. Quand le peuple d'Athènes nommait ou cassait ses chefs, il décernait des honneurs à l'un, imposait des peines à l'autre, il n'avait pas de volonté générale proprement dite.»

Dès que la volonté de tous n'est pas toujours la volonté générale, elle ne l'est jamais ; et ce passage de Rousseau est la réfutation la plus complète de son ouvrage.

Œuvres complètes, Tome 1 page 199

RÉPUBLIQUE

Dans la république, la société n'est plus
un corps général, mais une réunion d'individus :
comme la volonté générale n'est plus
qu'une somme de volontés particulières, la
conservation générale, qui est son objet,
n'est plus que le bonheur individuel; et
l'on voit en effet le bien-être physique
de l'homme compenser quelquefois dans les
républiques sa dégradation morale, et le
sacrifice de sa liberté sociale : tout s'y individualise,
tout s'y rétrécit et s'y concentre
dans la vie présente; le présent est tout
pour elles; elles n'ont pas d'avenir.

J'observe les progrès successifs de ces opinions
désolantes; et en rapprochant non pas
les années, mais les siècles, non pas une
ou deux sociétés, mais toutes les sociétés,
je remarque avec effroi la marche combinée
de l'athéisme, du matérialisme etd u républicanisme.

Le caractère de la monarchie était  : dépendance égale de tous les citoyens de la
volonté générale ; indépendance égale de tous les citoyens de toutes volontés particulières.

Le caractère de la république fut : nulle dépendance de la volonté générale, puisqu'il n'y eut point de volonté générale ; assujettissement à des volontés particulières, puisque les lois ne furent que l'expression de volontés particulières; inégalité d'assujettissement à ces mêmes lois, puisqu'elles permirent aux uns de manifester leur volonté, ou d'exercer leur pouvoir, et l'interdirent aux
autres.

Or il ne peut exister ni liberté ni égalité sociales, là où le citoyen est assujetti à des
volontés particulières, et où tous les citoyens ne sont pas également assujettis aux mêmes volontés.
Il n'y eut donc ni volonté ni égalité dans les républiques.
Rousseau en convient à peu près.

Le peuple n'est monarque que par ses volontés
il doit donc toujours avoir des volontés, parce qu'il est dans sa nature qu'il
veuille toujours être monarque de là son intervention continuelle dans le gouvernement, et la ruine de la démocratie.
O.C. T1 P207
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Télécharger l'oeuvre complète de Louis de Bonald

Message par Chasseur le Mar 27 Mai - 21:49

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http://classiques.uqac.ca/classiques/de_bonald_louis/de_bonald_louis.html
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Louis-Auguste vicomte de Bonald : Théorie de l’éducation sociale

Message par Chasseur le Ven 13 Fév - 16:11

Théorie de l’éducation sociale

Louis-Auguste vicomte de Bonald (1796)

Bienfaisance publique


La philosophie qui gâtait tout, jusqu'au bien qu'elle faisait, avait, pour étaler sa
fastueuse bienfaisance, imaginé d'attrouper les pauvres dans des ateliers de charité :
mesure fausse et dangereuse et qui prouvait dans ses auteurs une ignorance profonde
des règles d'une véritable charité, des principes de la constitution des sociétés, des
règles d'une saine administration, du caractère des hommes en général, et du pauvre
en particulier.

Les ateliers de charité étaient dangereux sous des rapports moraux :

1° - Parce qu'en réunissant par nombreuses troupes, les pauvres de tout âge et de
tout sexe, c'est-à-dire la partie d'une nation que le défaut d'éducation et l'urgence des
besoins rendent malheureusement la plus corrompue et la plus corruptible, on dépravait
la faiblesse de l'âge et celle du sexe ; l'enfant et l'adolescent y entendaient, y
apprenaient ce qu'ils ne devaient ni entendre ni savoir et ils en revenaient avec
quelques sous de plus dans leur poche, et le germe du vice dans l'esprit et dans le
cœur.

2° - Les jeunes personnes, qui auraient trouvé dans des occupations plus sédentaires
des moyens de subsistance plus convenables à leur sexe, préféraient ces
nombreuses assemblées où régnait la joie grossière, c'est-à-dire la licence du pauvre
qui a du pain.

3° - Ces attroupements autorisés, soldés par l'administration, enhardissaient le
pauvre et lui ôtaient le frein de la honte, juste châtiment de la pauvreté, qui, dans le
pauvre valide, n'est jamais que le résultat de la paresse et du vice ; et tel homme qui
aurait rougi de demander des secours à la charité particulière, ou de les recevoir dans
les maisons publiques, sollicitait, le front levé, une place dans l'atelier de charité ; il y
avait même une honteuse émulation pour s'y faire inscrire ; il fallait des protections
pour en obtenir la faveur ; en sorte que, pour bannir la mendicité publique, on la
provoquait, on la créait, et cet abus était poussé si loin, qu'on voyait quelquefois des
bourgeois aisés envoyer leurs domestiques travailler à l'atelier de charité.

Les ateliers de charité étaient nuisibles sous des rapports extérieurs et politiques :

1° - Ils nuisaient à l'agriculture, parce que le pauvre préférait d'aller travailler, ou
pour mieux dire, ne rien faire dans ces rassemblements que l'on ne pouvait surveiller,
où il se rendait plus tard, travaillait moins assidûment, que dans les travaux particuliers,
et d'où il se retirait plus tôt ; il y contractait l'habitude de l'indolence et d'un
travail sans activité. Qu'on ne dise pas qu'on n'occupait le pauvre que dans les saisons
mortes, car les saisons mortes pour les travaux annuels et ordinaires de l'agriculture
sont les temps les plus propres aux travaux extraordinaires et d'amélioration.

2° - Dans la plupart des lieux, on faisait des travaux sans objet utile, et uniquement
pour avoir occasion de former un atelier de charité ; en sorte que le pauvre, qui
voyait qu'on ne le faisait travailler que pour avoir un prétexte de lui donner, ne faisait
de travail que ce qu'il en fallait pour avoir un prétexte de recevoir, et qu'ainsi, au
scandale d'une distribution quelquefois sans besoin se joignait l'abus d'un travail
souvent sans utilité.

3° - On admettait dans les ateliers de charité des pauvres hors d'état, par leur âge
ou leurs infirmités, de faire aucun travail ; or, il est contre la nature et la raison, qu'on
fasse travailler celui qui ne peut pas travailler, ou qu'on paie celui qui ne travaille pas.
Enfin les ateliers de charité sont devenus dangereux à la tranquillité publique, et
les factieux s'en vont servis avec succès pour commencer la révolution. À leur voix,
les pauvres se sont métamorphosés en brigands, et les secours de la charité en solde
de crimes.

Cherchons, dans la constitution religieuse et politique des sociétés, les vrais principes
de la bienfaisance publique et des moyens efficaces de réprimer la mendicité.

L'homme social est l'homme et la propriété or, la nature de la société tend à faire
de tous les hommes, des hommes sociaux ; donc elle appelle tous les hommes à la
propriété. Mais l'homme ne peut y parvenir que par le travail, et ne doit y parvenir
que par un travail légitime ; donc tout homme doit s'occuper à un travail permis, pour
devenir propriétaire, et s'élever ainsi au rang d'homme social ; et comme l'homme ne
peut travailler sans acquérir quelque propriété, on peut dire de tout homme qui travaille,
qu'il est homme social, et de celui qui ne travaille pas, qu'il est hors de la
société.

L'homme est donc propriétaire, ou il ne l'est pas : s'il n'est pas propriétaire, et qu'il
soit privé des facultés physiques et morales indispensables pour le devenir en travaillant,
la société civile, c'est-à-dire la société politique et la société religieuse doivent
suppléer au défaut de ses facultés, et pourvoir à sa subsistance, parce qu'elles doivent
soulager toutes les faiblesses physiques et morales de l'homme...

L'homme qui n'est pas propriétaire, et qui ne veut pas travailler pour le devenir,
quoiqu'il ait le libre usage de ses facultés physiques et morales, doit être contraint au
travail par les pouvoirs réunis de la société religieuse et de la société politique ; l'une
doit déterminer la volonté, et l'autre contraindre le corps, s'il est nécessaire, parce que
l'une et l'autre doivent faire, de tout homme valide, un membre de la société, un
homme social, un propriétaire. D'ailleurs l'homme qui ne vit pas de sa propriété, vit
nécessairement de celle d'autrui : il force par conséquent quelqu'un à travailler pour le
faire vivre : il opprime donc quelqu'un dans la société ; le pouvoir de la société politique,
institué pour défendre la liberté de tous contre toute espèce d'oppression, doit
donc contraindre le paresseux valide au genre de travail auquel ses facultés physiques
et morales le rendent propre. Quel que soit le genre de travail auquel il l'applique, et
les moyens qu'il emploie pour l'y contraindre, le gouvernement ne doit jamais perdre
de vue la dignité de l'homme moral ; mais il ne doit pas craindre de gêner sa liberté,
puisqu'il le rétablit au contraire dans sa véritable liberté, qui n'est, comme on l'a vu,
que l'obéissance aux lois, on rapports nécessaires dérivés de la nature des êtres en
société, et que la nécessité de travailler pour devenir membre utile de la société, est
une loi ou rapport nécessaire dérivé de la nature de l'homme intelligent et physique.

Il se présente deux questions importantes.

1° - Si le pauvre ne trouve pas de travail, l'administration générale ne doit-elle pas
lui en donner ? Non : car l'administration ne peut lui en donner sans tomber dans tous
les inconvénients que j'ai relevés en traitant des ateliers de charité ; mais elle doit
faire en sorte qu'il en trouve, c'est-à-dire qu'elle doit influer par des dispositions générales,
et non agir par des mesures particulières.
Or cette facilité qu'a le pauvre à trouver du travail est le résultat nécessaire d'une
bonne administration, c'est-à-dire d'une administration sage, attentive, prévoyante et
économe ; soit parce qu'une bonne administration ouvre des travaux dans les ateliers
publics, employés à la confection ou à l'entretien des propriétés de l'État, lesquels
ateliers surveillés par l'intérêt personnel d'un entrepreneur, n'ont aucun des inconvénients
moraux et physiques des ateliers de charité ; soit parce qu'une bonne
administration, permettant au propriétaire l'emploi libre et décent du superflu que lui
laissent des impôts modérés, et dont la loi qui veille à la défense de la propriété lui
assure la paisible jouissance, l'invite à employer une partie de ses revenus à améliorer
ses fonds : genre de luxe qu'il est très aisé au gouvernement d'introduire, ou plutôt de
favoriser, et qui, à quelque excès qu'il soit poussé, ne peut qu'être utile à la prospérité
publique, lors même qu'il dérangerait la fortune du particulier. C'est ce qui fait que les
grands propriétaires sont nécessaires dans une société ; parce qu'eux seuls peuvent
cultiver en grand, cultiver avec intelligence, et se livrer à des essais qui donnent à
vivre au pauvre, et tournent toujours au perfectionnement de l'agriculture. C'est par un
salaire payé à un travail utile, plutôt que par des largesses faites à l'indigent oisif, que
les riches remplissent leur destination religieuse et politique, et qu'ils sont, conformément
aux vues de la Providence et à l'intérêt de l'État, les économes et les
dispensateurs des fruits que la nature fait naître pour tous les hommes. Ces grandes
propriétés viennent des substitutions, du droit d'aînesse, etc., car tout se tient dans une
société constituée. Si le gouvernement doit faire en sorte que l'homme trouve du
travail, il ne doit pas laisser la femme sans occupation ; parce que c'est en l’occupant
qu'il peut soulager sa faiblesse physique et morale. Il doit donc influer pour que les
hommes ne s'emparent pas exclusivement des métiers auxquels la nature, et je dirai
même la bienséance appellent les femmes, parce que la nature et la bienséance lie
permettent pas aux femmes de se livrer aux travaux qui sont réservés aux hommes.
Cet abus existait en France ; et tandis que la mollesse et le luxe multipliaient les
métiers sédentaires, un autre genre de luxe les confiait exclusivement aux hommes, et
déplaçait un sexe en opprimant l'autre. Les classes qui ont généralement fourni le plus
d'agents mercenaires de révolution et de désordre, ont été celles des histrions, des
laquais, des filles publiques, c'est-à-dire celles où la force de l'homme était le plus
déplacée et la faiblesse de la femme le plus opprimée.

2° - Doit-on renfermer dans les hôpitaux et les maisons de force les pauvres
invalides ? Non, car le pauvre invalide peut être importun, mais il n'est pas dangereux
; or, il n'y a qu'un danger imminent pour la société qui puisse autoriser le
gouvernement à attenter à l'indépendance de l'homme. D'ailleurs, il faut en revenir à
la maxime du grand Maître : Vous aurez toujours des pauvres au milieu de vous,- et il
est plus important qu'on ne pense de laisser sous les yeux de l'homme heureux, le
spectacle de l'humanité souffrante, et sous les yeux du pauvre, le spectacle de la
richesse bienfaisante. L'administration aura beau faire, elle ne soulagera jamais toutes
les misères individuelles, les différentes assemblées qui ont opprimé la France, ont
ruiné tous les riches sans pouvoir nourrir tous les pauvres ; et dans l'impuissance de
leur donner du travail et du pain, elles ont été réduites à les envoyer périr dans les
armées. Bien plus, quand l'administration pourrait soulager toutes les misères, elle
devrait bien se garder d'ôter à la charité particulière un aliment nécessaire, un puissant
moyen de rapprochement entre les diverses conditions. Dans une société où il n'y
aurait personne à soulager, il n'y aurait que des égoïstes, dont le coeur insensible aux
malheurs des autres ne serait dilaté que par la vue de l'or, ne palpiterait jamais que de
la crainte de le dépenser : dans ces sociétés, on ne connaîtrait qu'une vertu, la richesse
; qu'un vice, la pauvreté. Voyez la fureur, la rage d'acquérir, qui dévore, qui consume
la nation de l'Europe autrefois la plus désintéressée, depuis que les institutions
républicaines ont établi le pouvoir particulier, ou l'amour de soi, à la place du pouvoir
général, ou de l'amour des autres. La religion rapproche la pauvreté de la richesse
d'une manière admirable ; en faisant un devoir du travail, et un bonheur de la
médiocrité, elle invite le pauvre à devenir riche par son travail, et le riche à devenir
pauvre par ses bienfaits, et elle prévient ainsi le danger de l'oisiveté dans le pauvre, et
de la dureté dans le riche ; elle console celui que sa condition pourrait jeter dans le
désespoir, elle fait craindre celui que sa fortune pourrait enfler d'orgueil ; si elle
sanctifie, par le précepte de l'aumône, la richesse, résultat nécessaire du travail qu'elle
prescrit, elle défend l'attachement aux richesses, qui dégrade l'homme, en rendant
esclave de la propriété celui qui est fait pour user en maître de la propriété, et elle
rend l'homme pauvre au milieu des richesses, comme elle le rend tempérant au milieu
des plaisirs ; car la religion permet qu'on use de tout, et veut qu'on n'abuse de rien.
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