La bombe à retardement qu’ils n’attendaient pas mais qui leur explosera quand même à la figure.

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La bombe à retardement qu’ils n’attendaient pas mais qui leur explosera quand même à la figure.

Message par Chasseur le Jeu 27 Fév - 15:55

La bombe à retardement qu’ils n’attendaient pas mais qui leur explosera quand même à la figure.

[justify]Dans notre Bulletin climatique de jeudi 27 février, nous faisions un bref rappel des propos que nous tenions déjà en novembre 2012 à propos des conséquences sociales du chômage en France :

"Contrairement à ce qu’ont pensé longtemps nos brillants économistes, le chômage n’est pas une "variable d’ajustement". C’est bel et bien une bombe à retardement que l’on parvient à contrôler quand les vaches sont grasses mais pas quand elles maigrissent.  Elle finira par mettre des millions de Français dans la rue dès que le pain du pouvoir et les jeux de ses complices ne suffiront plus à cacher la misère du peuple. Et ce ne sont pas les projets obsessionnels de Grand Remplacement de la population qui adouciront les perspectives de nos compatriotes…"

Eh bien sachez aujourd'hui qu'une autre bombe est désormais sous les pieds de nos brillants gouvernants : le désespoir de notre jeunesse.

A l'automne 2013, les jeunes de 18 à 34 ans étaient conviés par France Télévisions à répondre à un long questionnaire en ligne sur eux-mêmes et leur génération. 210 000 se sont pris au jeu de cette opération " Génération quoi ? ". Leurs 21 millions de réponses fournissent un matériau de recherche exceptionnel pour les deux sociologues de la jeunesse Cécile Van de Velde et Camille Peugny, maîtres de conférences respectivement à l'EHESS et à l'université Paris-VIII, qui ont contribué à concevoir le questionnaire. Ils en tirent aujourd'hui les principaux enseignements, publiés en avant-première dans Le Monde, en se focalisant sur la tranche d'âge des 18-25 ans, centrale pour l'analyse.

Interrogés sur leur devenir personnel, les jeunes répondants portent un regard extrêmement sombre sur le destin de leur génération. Vingt ans n'est pas le plus bel âge de la vie, pensent-ils majoritairement (à 51 %). Les mots-clés librement choisis pour définir leur génération sont édifiants : " sacrifiée ", " perdue ". Et encore (après " Y ", " Internet ", " connectée "), " désabusée ", " désenchantée ", " galère "… "

Seuls 25 % des 18-25 ans ont la conviction que leur vie sera meilleure que celle de leurs parents. Ils sont 45 % à imaginer qu'elle sera pire, 29 % qu'elle sera semblable. Près d'un tiers (33 %) sont persuadés qu'ils ne connaîtront jamais autre chose que la crise. Quant à la vie de leurs propres enfants, 43 % pensent qu'elle sera encore pire que la leur. A toutes ces questions, les jeunes femmes répondent de façon encore plus pessimiste que leurs congénères masculins." Ces pourcentages sont très élevés, sachant que les jeunes sont, dans la plupart des enquêtes, plus optimistes que leurs aînés. Ce qui apparaît ici, c'est le poids du discours de crise dans lequel nous baignons désormais, et le sentiment d'être pris dans une spirale du déclassement. "

Deux pondérations à apporter néanmoins, selon les auteurs. Les participants peuvent avoir été tentés de " surjouer un discours noir et cynique, ce qui est une manière de conjurer le sort ". Surtout, cette génération est fortement clivée en fonction des parcours et des statuts, précaires ou non. Ce n'est pas une mais des jeunesses qui se dessinent. En passant des étudiants ou salariés en CDI aux chômeurs-intérimaires-inactifs, le pessimisme gagne 20 points. L'expérience du chômage affecte fortement la projection dans l'avenir.

Un besoin de reconnaissance " Les 18-25 ans qui ont participé font voler en éclats le mythe d'une société méritocratique " : voilà le second enseignement majeur de l'enquête, à entendre les deux sociologues. Près des trois quarts (70 %) d'entre eux ont le sentiment que la société française ne leur donne pas les moyens de montrer ce dont ils sont capables. " C'est massif, et en forte progression. En 2006, ils étaient 53 % dans ce cas. "

Les jeunes se montrent très sévères sur le fonctionnement du système éducatif à la française. Récompense-t-il le mérite ? Non, à 61 %. Donne-t-il sa chance à tous ? Non, à 61 %. Logiquement, plus le statut du jeune est précaire, plus son opinion est négative. Des réponses lourdes de rancœurs dans une société " où formation initiale et diplôme exercent une si forte emprise sur les parcours de vie ".

D'autant que dans la sphère professionnelle non plus, les jeunes n'ont pas l'impression que leurs mérites et efforts soient récompensés. 60 % des répondants ne se croient pas payés, par exemple, à la hauteur de leurs qualifications.

Dans cette enquête transparaît donc, selon Cécile Van de Velde, " une génération consciente, lucide, désillusionnée, selon laquelle les instruments de mobilité sociale ne fonctionnent pas "." Les jeunes se sentent abandonnés par la société. Ils ne sont pas aux commandes de leur vie, ils subissent. Sont frustrés de ne pas pouvoir faire leurs preuves, montrer qui ils sont." Pour réussir dans la vie, la moitié des répondants pense donc ne pouvoir compter que sur soi-même. " Les jeunes sont individualistes, libéraux, par dépit plus que par essence. " Puisque très majoritairement (77 %), ils estiment également que dans la vie, on ne peut pas s'en sortir sans solidarité.

Les jeunes valorisent d'autant plus le travail qu'il leur échappe, un quart d'entre eux connaissant le chômage. Seule une toute petite frange le rejette, envisageant de vivoter en marge du système. 81 % des répondants disent que le travail est important dans leur vie. Et pas seulement pour gagner de l'argent. La moitié déclare que travailler sert avant tout à s'épanouir. " Qu'ils soient soucieux de l'équilibre vie privée-vie professionnelle ne veut pas dire que la valeur travail se perd ", commente Camille Peugny, pour qui rien n'est plus faux que les clichés sur une " génération feignasse " : " Impossible de faire une conférence sur les jeunes sans qu'un manager assure qu'à peine arrivés en entreprise, les jeunes ne s'intéressent qu'à leurs RTT. Platon déjà évoquait la décadence de la jeunesse, c'est un discours vieux comme le monde, lié au cycle de l'âge, à la difficulté à concevoir le changement apporté par les jeunes. "

A la question " Actuellement, es-tu épanoui dans ton travail ? ", 62 % des 18-25 ans ont acquiescé. Mais la statistique chute à 43 % pour les intérimaires… L'enquête Génération quoi ? fournit le plus grand échantillon d'intérimaires jamais réuni (8 000 répondants dans cette situation), et leur " souffrance " saute aux yeux des sociologues. " Il faut sortir du discours sur l'intérim choisi. Ces jeunes veulent travailler davantage, ils ont lesentiment insupportable que leur destin est aux mains des autres, que leur sort dépend d'un coup de téléphone, ce qui interdit toute projection dans l'avenir. " C'est là une réponse cinglante aux emplois aidés de François Hollande.

" T'installer à l'étranger, ça te tente ? " Evidemment oui, cela tente les trois quarts des participants à l'enquête. Inhérente à la jeunesse, cette envie d'aller voir ailleurs est plus que jamais valorisée dans la société. Mais 24 % des jeunes se sont reconnus dans une expression volontairement rageuse, hargneuse, qui leur était suggérée : " Dès que je peux, je me barre. " " Une réponse aux portes fermées pour tous les jeunes dans l'impasse, chômeurs, petits contrats, stagiaires… ", à en croire les sociologues.

En revanche, toutes les questions portant sur les relations au sein de la famille suscitent des réponses unanimement positives. La famille apparaît plus que jamais comme la valeur refuge et peut-être même...le refuge des valeurs ! Autre réponse cinglante à sa destruction organisée par les idéologues au pouvoir. S'ils doivent qualifier leurs relations avec les parents, 27 % des jeunes les décrivent comme " idéales ", 53 % comme " cool ", seuls 10 % les jugent " moyennes " ou " hypertendues ". Les parents, assurent-ils, sont fiers de leur parcours (89 %), les soutiennent dans leurs choix (91 %). Pour Camille Peugny, " les parents ont intériorisé le fait que la situation des jeunes est extrêmement difficile. Les quadras et quinquagénaires ont eux-mêmes connu la crise. Fini, les réflexions désagréables. Les deux générations sont solidaires dans la crise. Moralement et matériellement."


Une bonne moitié des jeunes (53 %), même actifs, dit recevoir des aides parentales. Dans les familles, l'inquiétude est partagée. " Est-ce que tes parents sont angoissés par ton avenir ? " 63 % pensent que oui. Les réponses positives montent logiquement à 80 % pour les jeunes chômeurs ou inactifs. Mais atteignent tout de même 63 % chez les étudiants, et encore 47 % chez les jeunes en CDI. Même ce sésame recherché par tous ne parvient pas à apaiser l'anxiété familiale. " Cela rejoint les enquêtes sur les angoisses scolaires, la pression du diplôme,poursuit M. Peugny. Et cela montre que les parents sont parfois un brin schizophrènes : ce sont les mêmes qui, dans leurs fonctions en entreprise, ne sont guère pressés d'intégrer les jeunes dont ils ont une image peu flatteuse. "

Autre ambivalence, chez les jeunes cette fois : ils ne sont pas en conflit avec la génération parentale parce que les relations sont souples, les solidarités fortes. Mais cela ne les empêche pas d'en vouloir à leurs aînés de ne pas leur faire de place dans la société. Pour un jeune sur deux, les générations précédentes sont responsables de leurs difficultés. " C'est assez nouveau en France, et l'on peut penser que cela monte, surtout chez les étudiants, observe Cécile Van de Velde. Le problème d'équité entre générations se conscientise, sans doute du fait de la politique d'austérité, de la réforme des retraites et des débats sur le poids de la dette. Les jeunes pensent qu'ils font les frais de tout cela."  Mais sur une même génération, leur regard est double. Les mêmes qui disent " Marre des baby boomers, on paye pour leur retraite, nous on n'en aura pas " ne veulent surtout pas que la retraite de leurs parents soit amputée – c'est particulièrement frappant chez les jeunes filles. " Ce qui explique en partie pourquoi le mouvement des Indignés a si peu pris en France… "

Vis-à-vis de la politique, telle qu'ils la voient entre les mains de l'oligarchie au pouvoir, la défiance est énorme. Près de la moitié (46 %) des répondants n'ont pas du tout confiance dans les femmes et hommes politiques. Et presque aussi sceptiques à l'égard des médias (40 % de non-confiance) que des politiques.

Mais pour la moitié des 18-25 ans, c'est tout vu, les politiques sont " tous corrompus ". Ces derniers ont bien encore du pouvoir (64 % des réponses), mais l'utilisent mal, puisqu'ils laissent la finance diriger le monde (90 %). La charge est violente, aux yeux des deux sociologues : " Les jeunes expriment une demande d'Etat, en souhaitant par exemple que leur période de formation soit financée. Ils pensent que les politiques, s'ils en avaient le courage, pourraient avoir une influence sur leur vie. Mais qu'ils ont laissé la finance prendre le pouvoir. Il y a du mépris dans ce regard des jeunes. Ils n'y croient plus. "

Chez eux, jeunes diplômés en tête, le sentiment que droite et gauche se valent semble encore plus fort que dans l'ensemble de la population. " Ils font l'expérience de la désillusion politique. C'est la première fois qu'ils vivent la gauche au pouvoir. Et ils ont le sentiment que rien ne change pour eux. " Voilà qui poussera massivement à l'abstention, anticipent les chercheurs. " Ce sont des gens informés, qui ne se fichent pas de la politique, qui ont des habitudes participatives liées à l'usage des réseaux sociaux. Mais l'offre politique ne répond pas à leurs attentes. La démocratie ne s'adresse pas à eux. Ils n'iront pas voter mais ce sera une abstention politique, réfléchie, presque militante. "

S'ils critiquent au plus haut point la politique traditionnelle, les 18-25 ans s'engagent plus volontiers dans un militantisme de terrain : manifestations, associations, solidarités locales… Leur altruisme semble plus marqué que celui du reste de la population. 80 %, par exemple, seraient favorables à un service civique obligatoire *. Autre valeur classique de la jeunesse, la tolérance demeure forte (70 % estiment que l'immigration est une source d'enrichissement culturel) mais semble s'éroder. " A l'image de ce qui se passe dans l'ensemble de la société, une grosse minorité campe sur des positions autoritaires et xénophobes. Une véritable bombe à retardement, craint Mme Van de Velde. Ce sont les jeunes invisibles, dans des vies d'impasse, perdants de la mondialisation. Beaucoup de ruraux et de périurbains, en difficulté, déclassés. Ils sont souvent tentés par le Front national. " Un tiers des répondants envisagent que des emplois puissent être réservés aux Français.

Une Cocotte-Minute qui n'aurait pas de soupape. Telle est l'inquiétante image choisie par les deux sociologues pour décrire le " fort potentiel de révolte " perçu au travers de cette vaste enquête. " C'est une génération qui veut entrer de plain-pied dans une société vieillissante. Elle enrage de piétiner à son seuil. Elle ne veut rien renverser, elle n'est pas en conflit de valeurs, mais elle trouve toutes les portes fermées, et elle envoie un avertissement. "

Besoin d'expression étouffé. Frustrations de ne pas avoir de place, de n'obtenir aucune reconnaissance sociale, de ne pouvoir devenir des citoyens à part entière, dotés d'un travail et d'un logement. Trajectoires déviées parce que l'emploi trouvé ne correspond pas aux études. Craintes pour l'avenir. Défiance vis-à-vis du politique… " Ce sentiment d'être privés de l'essentiel constitue un terreau fertile à la contestation. "

Jamais la jeunesse, en France, n'a été aussi "éduquée". Est-elle pour autant "instruite" ? Lorsqu'ils sont chômeurs, stagiaires, coincés dans l'intérim, ces enfants de la démocratisation scolaire et de la mondialisation culturelle, extrêmement informés, vivent comme une indignité de devoir se contenter de survivre alors que leurs études ont fait naître de forts mais faux espoirs. D'où cette frustration existentielle et cette capacité à développer un discours de plus en plus critique sur l'épreuve sociale qu'ils traversent. " Un ‘‘nous'' pourrait se former, croient les sociologues, si les diplômés étaient rejoints par les jeunes en désespérance sociale. "

A la question " Est-ce que tu participerais à un mouvement de révolte type Mai 68 demain ou dans les prochains mois ? ", ils sont 61 % à dire oui. Tous quasiment égaux dans la colère, femmes et hommes tirés d'affaire et jeunes en galère… 66 % des intérimaires. 63 % des chômeurs. 60 % des étudiants. Et même 54 % des employés en CDI !

" Les jeunes ne sont pas dans la résignation. Il y a une énergie latente, comme en 1968 ", perçoit Cécile Van de Velde. En temps de crise, explique-t-elle, on peut adopter une stratégie d'adaptation au système (loyalty), de départ (exit), ou de révolte (voice). " ‘‘Loyalty'' pourrait bien se transformer en ‘‘voice'' si rien ne bouge… Il suffit d'une étincelle… " Et d'une figure cible. La chance des politiques jusqu'à présent ? Qu'il soit plus malaisé de se rebeller contre un ennemi lointain et abstrait – la finance, la mondialisation, l'Europe – que contre la génération de ses parents, comme en 1968.

Mais quand ils auront compris qui et où sont les imposteurs...Peut-être finiront-ils, comme nous, par exiger le retour du Roi.[/justify]

Source : http://conseildansesperanceduroi.wordpress.com/2014/02/27/la-bombe-a-retardement-quils-nattendaient-pas-mais-qui-leur-explosera-quand-meme-a-la-figure/
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