La crise de la démocratie bourgeoise ne date pas d'aujourd'hui

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La crise de la démocratie bourgeoise ne date pas d'aujourd'hui

Message par Mabblavet le Mar 4 Déc 2018 - 19:28



François Furet rappelle la haine qu'inspirent les élus avant la Grande guerre :
Il est difficile d’imaginer aujourd’hui à quel point le personnage du député, à cette époque [à l’aube de la Première guerre mondiale], a suscité de haine, comme un condensé de tous les mensonges de la politique bourgeoise :
- symbole de l’oligarchie, sous la pose du démocrate ;
- de la domination, sous l’apparence de la loi ;
- de la corruption, caché dans l’affirmation d’une vertu républicaine.
Le député est tout juste le contraire de ce qu’il prétend,et de ce qui devrait être : représentants du peuple en principe, il est en réalité l’homme à travers qui l’argent, ce maître universel du bourgeois en possession aussi de la volonté du peuple.
(François Furet, Le passé d’une illusion, éd. Robert Laffont, coll. Le livre de poche, Paris, 1995, p.285-286.)
Précisons ce que Furet entend par « société bourgeoise » :
La bourgeoisie est l’autre nom de la société moderne.
(François Furet, Le passé d’une illusion, éd. Robert Laffont, coll. Le livre de poche, Paris, 1995, p.19.)
Le bourgeois est l'homme moderne débarrassé de la transcendance et jouisseur :
Ainsi le bourgeois se pense-t-il comme libéré de la tradition, religieuse ou politique, et indéterminée comme peut l’être un homme en libre et égal en droit à tous les autres.
C’est par rapport à l’avenir qu’il règle sa conduite, puisqu’il doit s’inventer lui-même, en même temps que la communauté dont il est membre.
Or l’existence sociale de ce personnage historique inédit est problématique. Le voici prendre brandissant sur le théâtre du monde de la liberté, l’égalité, les droits de l’homme, bref l’autonomie de l’individu, contre toutes les sociétés de la dépendance qui ont paru avant lui. Et quelle est l’association nouvelle qu’il propose ? Une société qui ne met en commun que le minimum vital, puisque son principal devoir est de garantir à ses membres le libre exercice de leur activité privée et la jouissance assurée de ce qu’ils ont acquis.
Quant au reste, c’est leur affaire : les associés peuvent avoir la religion de leur soient, leurs propres idées du bien et du mal, ils sont libres de poursuivre leur plaisir et les femmes particulières qu’ils assignent à leur existence, pourvu qu’ils respectent les termes du contrat minimal qui les lie à leurs concitoyens.
La société bourgeoise est ainsi détachée par définition de l’idée du bien commun. Le bourgeois est un individu séparé de ses semblables, enfermé dans ses intérêts et ses biens. Séparé, enfermé, il est d’autant plus que son obsession constante est d’accroître cette distance qui l’éloigne des autres hommes : qu’est-ce que devenir riche, sinon devenir plus riche que le voisin ? Dans un monde où aucune place n’est plus marquée d’avance, ni acquise pour toujours, la passion inquiète de l’avenir agite tous les cœurs, et ne trouve nulle part d’apaisement durable. L’unique repos de l’imagination est dans la comparaison de soi avec autrui, dans l’évaluation de soi-même à travers l’admiration, l’envie ou la jalousie des autres : Rousseau et Tocqueville sont les plus profonds analystes de cette passion démocratique, qui forment le grand sujet de la littérature moderne.

(François Furet, Le passé d’une illusion, éd. Robert Laffont, coll. Le livre de poche, Paris, 1995, p. 20.)
La société bourgeoise recèle une contradiction intime :
[...]  la société (société bourgeoise ou moderne) est animée par une agitation corpusculaire qui ne cesse de la jeter en avant. Mais cette agitation approfondit les contradictions inscrites dans son existence elle-même. Ce n'est pas assez qu'elle soit formée d'associés peu enclins à s'intéresser à l'intérêt public. Il faut que l'idé d'égalité-universalité des hommes , qu'elle affiche comme son fondement , et qui est sa nouveauté, soit constamment niée par l'inégalité des propriétés et des richesses, produite par la compétition entre ses membres.
(François Furet, Le passé d’une illusion, éd. Robert Laffont, coll. Le livre de poche, Paris, 1995, p.21.)
La course sans fin à cette égalité dont on nous rebat les oreilles dans la société bourgeoise :
Ainsi l'idée d'égalité fonctionne-t-elle comme horizon imaginaire de la société bourgeoise, jamais atteint par définition, mais constamment invoqué comme dénonciation de ladite société ; de plus en plus lointain d'ailleurs au fur et à mesure que l'égalité progresse, ce qui lui assure un interminable usage. Le malheur du bourgeois n'est pas seulement d'être divisé à l'intérieur de lui-même. C'est d'offrir une moitié de lui-même à la critique de l'autre moitié.(François Furet, Le passé d’une illusion, éd. Robert Laffont, coll. Le livre de poche, Paris, 1995, p.23.)
Ce qui inquiétant, c'est que ceux qui ont profité de ce mécontentement sont les révolutionnaire socialo-communistes et fascistes :
Dénoncer le mensonge de la légalité bourgeoise est un lieu commun du socialisme ou du syndicalisme révolutionnaire avant d'être un leitmotiv du mouvement fasciste.
(François Furet, Le passé d’une illusion, éd. Robert Laffont, coll. Le livre de poche, Paris, 1995, p.284.)

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Re: La crise de la démocratie bourgeoise ne date pas d'aujourd'hui

Message par Henryk le Mer 5 Déc 2018 - 11:46

Les société occultes et les dynasties bourgeoises, sont-elles d'idéologie darwinienne, en leurs capacités à s'adapter, et à piller, dans toutes les civilisations?

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