Augustin COCHIN, La Machine révolutionnaire

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Augustin COCHIN, La Machine révolutionnaire

Message par Croisé le Sam 9 Juin 2018 - 12:20

Théologien et éditeur, Denis Sureau a dirigé la publication de l'œuvre de l’historien catholique Augustin Cochin (1876-1916) pour les éditions Tallandier sous le titre "La machine révolutionnaire". Il revient pour Aleteia sur cet auteur aujourd’hui oublié et pourtant nécessaire dans la compréhension de la Révolution française et du système démocratique.

Aleteia : Qui est Augustin Cochin, cet historien mort au combat en 1916 ?
Denis Sureau : Né en 1876 dans une famille de la grande bourgeoisie qui a laissé son empreinte sur Paris depuis le XIIIe siècle – c’est un de ses oncles qui a fondé l’hôpital éponyme –, Augustin Cochin était doué d’une intelligence exceptionnelle : un profil de premier de classe qui rafle tous les prix et qui, après de brillantes études de lettres et de philosophie, est entré à l’École des chartes. Il y a reçu une formation d’archiviste-paléographe et a commencé à sillonner la France, allant de dépôt d’archives en dépôt d’archives, d’abord pour des études sur le protestantisme dans le Midi au XVIIe siècle, puis sur la Révolution française. C’est en s’appuyant sur ce travail rigoureux de « bénédictin laïc », comme il aimait à se définir, qu’il voulait comprendre les logiques sous-jacentes aux événements. Il était à la fois historien et philosophe ou sociologue, ce qui est rare. De son vivant, il a publié quelques études. Après sa mort héroïque dans la Somme, à l’âge de 39 ans, sa famille et ses amis ont entrepris de les recueillir avec ses nombreuses notes. C’est l’ensemble de ce travail, ainsi que sa correspondance, que les Éditions Tallandier publient aujourd’hui.

Conservateur et catholique pratiquant, peut-on dire que sa foi et ses engagements politiques l’ont discrédité auprès du milieu universitaire et expliquent son oubli relatif ?
Parler d’engagement politique n’est pas totalement approprié, car Augustin Cochin voulait mener un travail scientifique, méthodique, sans affabulations dictées par la passion (même contre-révolutionnaire). Mais évidemment, démontrer que la Révolution ne fut pas l’œuvre du peuple façon Michelet et que la Terreur ne pouvait s’expliquer par les « circonstances », c’était s’opposer à l’histoire officielle et républicaine, longtemps accaparée par ses partisans, qu’ils soient dantonistes, robespierristes ou marxistes : Aulard, Mathiez, et plus tard Soboul, Vovelle (les seuls auteurs que mon professeur d’histoire nous demandait de lire lorsque j’étais au lycée), etc. L’université ne pouvait tolérer une œuvre qui était d’autant plus gênante qu’elle se fondait sur des sources précises, indiscutables. Dans les années 1920, ce furent plutôt les catholiques d’Action française qui lui firent un bon accueil, mais cela ne facilita pas sa réception par leurs adversaires ! Il faudra attendre 1978 pour que François Furet, communiste repenti, historien de la Révolution reconnu, exhume Augustin Cochin en le présentant comme l’un des deux penseurs qui, avec Alexis de Tocqueville, surent proposer une conceptualisation rigoureuse de la Révolution. Son brillant essai Penser la Révolution française fut très remarqué, et provoqua la réédition de deux livres d’Augustin Cochin. Mais cette redécouverte ne fut que temporaire – sauf en Italie, où tous ses livres ont été traduits, et confrontés à l’œuvre de Gramsci.


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