Des Français dans la guerre de sécession

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Des Français dans la guerre de sécession

Message par REQUETE CARLISTE le Sam 26 Mai 2018 - 9:00

Je publie ci dessous un article sur l'engagement de Français dans la guerre civile nord américaine qui opposa les États de l'Union ( Nord ) aux États Confédérés ( Sud ) que j'ai trouvé sur la toile.
L'engagement de ces Francais ont des raisons multiples et variés que vou découvrirez en lisant l'article.
On y retrouve malgré tout des représentants de toutes les composantes politiques françaises de l'époque.


LES FRANÇAIS DANS LA GUERRE DE SÉCESSION
Publié le 22 Mars 2014 par Olivier Millet
Catégories : #uniformes
Les Français dans la guerre de Sécession
Bien que leur implication soit moins connue que celle des Irlandais ou des Allemands, les immigrants d'origine française ne furent pas en reste dans la guerre civile américaine. Aux États-Unis, les Français sont presque 110000 selon le recensement de 1860 ; la plupart sont d'immigration récente et se sont installés au Nord pour ses industries et ses emplois plus facilement accessibles. Résidant principalement dans les villes comme New-York, Saint-Louis, Philadelphie, San Francisco, Chicago, quelques-uns vont également dans le Mid-West pour tenter de s'installer sur des exploitations ou dans des communautés cabétistes (adeptes du Français Étienne Cabet auteur de "Voyage en Icarie" et utopiste communiste) ou fouriéristes (autre utopiste français, Charles Fourier est un philosophe mort en 1837 dont les idées ont inspiré la création d'autres communautés utopiques au Texas notamment). Lors du déclenchement de la guerre civile, les Français installés aux États-Unis virent dans cet appel aux armes l'occasion de démontrer leur loyauté à leur nouvelle terre d’accueil. Ce fut notamment le cas pour la communauté francophone de la Nouvelle-Orléans, une des plus anciennes du pays, qui fait cause commune avec le combat du Sud devant la menace fédérale. D'autres trouvent tout simplement dans l'armée le moyen d'échapper à la misère sociale ou sont attirés par l'aventure guerrière et ses chimères. A la différence des Allemands par exemple, il semble que les Français se soient battus plus pour défendre leur région d'accueil que par réelle adhésion à la cause abolitionniste du Nord ou indépendantiste du Sud. Bien évidemment parmi la communauté française il y avait d'anciens révolutionnaires de 1848 pour qui la cause de la liberté était un puissant levier, ce qui les fit plus facilement adhérer à l'Union jugée " à tort ou à raison" plus libérale car en majorité non esclavagiste.

La France et sa neutralité

La France impériale de Napoléon III se déclare officiellement neutre le 10 juin 1861 pour des raisons internes et internationales. A l’écoute de la situation américaine , Napoléon qui a de réelles mais officieuses sympathies pour le Sud, est tenu régulièrement informé des événements par son ambassadeur, le ministre de France, à Washington. En outre certains journaux américains sont disponibles sous quinzaine en France. La population est ouvertement hostile à l'esclavage aboli en France depuis 1848 mais l'indécision et le refus de déclarer l'abolition de l'esclavage au Nord exaspèrent également. D'ailleurs la constitution américaine n'interdisant pas l'esclavage, le Nord n'obtiendra un écho réellement favorable qu'à la proclamation d'émancipation de 1862. Quant à l'empereur, sa position envers le Nord est plutôt défavorable. Il n'a pas apprécié les démonstrations en faveur d'Orsini en 1858 à New-York ou l'opposition de Washington contre son intervention au Mexique. Il se contente de suivre les agissements de l'Angleterre et se calque sur la politique de Londres pour ne pas se brouiller plus avant avec les États-Unis.

Comme l'Angleterre, la France possédait une industrie textile qui dépendait en majorité des importations de coton sudiste et le blocus mis en place en avril par Washington contrariait les envois de cette matière première vers l'Europe tout comme il gênait les exportations de produits français vers le Sud. Néanmoins, même si la Confédération qui n'a pourtant pas ménagé ses efforts pour inciter les deux puissances à intervenir ne serait- ce que diplomatiquement, la France se contente d'accorder le statut de belligérant au Sud et au Nord, provoquant la colère de Washington, mais sans reconnaître la confédération sudiste comme une nation à part entière. D'ailleurs reconnaître la confédération était difficile : d'une part l’Angleterre dépendait du coton du Sud mais surtout du blé du Nord et, en outre, les stocks de coton étaient encore importants et pouvaient tenir le choc du blocus pour une à plusieurs années. En Europe, s’aliéner définitivement Washington risquait de créer des troubles avec les Russes ou les Prussiens. La Russie, opposée aux Anglais et aux Français depuis la guerre de Crimée, entretenait de bonnes relations avec Washington notamment sur la question de la partie russe en Amérique du Nord, l'Alaska, potentiellement menacée par les Britanniques du Canada, et n'aurait pas manquer de soutenir les Fédéraux. Quant à la Prusse, si elle était pour l'instant occupée à instaurer une unité allemande et était plus gênée par l’Autriche que par la France, elle apparaissait comme l'adversaire continental de Napoléon III pour la décennie à venir. L'empereur français voulait éviter des tensions diplomatiques extérieures, avec une guerre déjà engagée au Mexique ce qui pourrait donner des idées et éventuellement le champ libre pour agir pour une agression prussienne à ses frontières. Napoléon III proposa bien une médiation diplomatique en octobre 1862 et janvier 1863 afin de reprendre le commerce pendant 6 mois avec les États-Unis mais le vice-président Seward s'opposera farouchement à ce projet. Fidèle à la doctrine Monroe, Seward se montrera menaçant envers les français au sujet de leur intervention mexicaine et soutiendra de plus en plus les Juaristes, ennemis de Napoléon, au Mexique. Afin d'éviter d'attiser des tensions en Europe, la France se contenta de copier la position de l'Angleterre et oscilla donc au gré des batailles perdues et gagnées par la Confédération et préféra adopter une position prudente.

En dépit de la position neutre de la France, on assista à des départs pendant la guerre de Sécession de Français en mal d'aventures guerrières ou à la recherche de notoriété militaire alors que Napoléon III avait promulgué un décret en septembre 1861 indiquant que tout Français s'engageant dans une armée étrangère ou prenant part à une guerre à l'étranger sans autorisation impériale perdrait sa qualité de Français. On comprend mieux devant la position neutre de la France et ses sympathies officieuses envers la Confédération, pourquoi les exilés libéraux ou Orléanistes préfèrent la cause de l'Union. Il s'agissait pour eux de continuer la lutte en Amérique contre la position, même officieuse, de l'empereur. Les français résidant dans le Sud qui s'engagèrent dans la lutte le firent plus par obligation locale que réelle motivation politique et combattirent dans l'armée sudiste notamment en Louisiane où les milices urbaines de la "french brigade" se distingueront particulièrement lors de l'occupation de la ville par les fédéraux en 1862.

Les Français dans la guerre de Sécession
Des Français présents au Nord comme au Sud

De la même manière que les Allemands ou les Irlandais, les Français se regroupent dans des unités dont les noms rappellent leur origine. En Louisiane les volontaires de la Nouvelle-Orléans lèvent la légion française puis la brigade française. A New-York, trois régiments où de nombreux francophones vont pouvoir se retrouver sont mis sur pied : " les gardes LaFayette ", " Les zouaves d'Epineuil " et les " Enfant Perdus ", des compagnies à majorité francophones seront également présentes dans les 14th, 39th et 62nd régiments de New-York. Parmi la foule de volontaires on trouve des représentants de l'élite française comme les deux princes de la famille d'Orléans exilés par la fondation du second empire en France. Le Comte de Paris et le Duc de Chartres serviront dans l'état-major de McCLellan. Avec leur oncle, le Prince de Joinville, les deux princes se rendent à Washington où ils sont reçus par Lincoln. A 23 ans, Phillipe d'Orléans, Comte de Paris, va participer activement à la lutte contre les confédérés aux côtés de McClellan. De cette expérience il écrira un journal intitulé "Voyage en Amérique 1861-1862". Plusieurs français obtiendront également le grade de général comme Gustave Cluseret, Régis de Trobriand, Félix Agnus

Dans le camp sudiste on revendique aussi la présence d'un Prince, Camille de Polignac, fils d'un ministre de Charles X, qui deviendra même général de l'armée confédérée et surnommé le " Lafayette du Sud " . Il combat à shilo, Corinth, Mansfield, il commande une brigade texane et obtient le grade de Major général et va même demander audience devant Napoléon III pour plaider la cause du sud, mais sans succès.

Les plus célèbres unités francophones du Nord

Encore une fois New-York, grand port d'accueil de l'immigration européenne vit le plus grand nombre d'unités francophones. Le 55th régiment de volontaires de New-York communément appelé les gardes Lafayette, existait depuis 1824 et possédait 6 compagnies françaises et 4 américaines ; mais lors de l'appel aux armes de Lincoln, le régiment mit trop de temps à être "opérationnel" par la faute de son colonel. Les Français déjà présent partirent rejoindre d'autres compagnies plus désireuses d'aller au combat. Ainsi le 14th régiment de Brooklyn et le 62nd régiment de volontaires de New-York reçurent une compagnie en renfort en provenance du 55th et donc francophones. Finalement le 55th partit lui aussi mais pour pallier les défections, on dut faire appel à un recrutement qui ne fut pas exclusivement français. Régis de Trobriand, aristocrate français, fut élu Colonel du 55th le jour de la bataille de Bull Run. Sous son impulsion, le régiment gagna en effectif et récupéra une partie de ses premiers volontaires partis dans d'autres unités. Soutenu financièrement par la minorité francophone pour son habillement, le régiment passa finalement le 28 août 1861 sous service fédéral pour une durée de trois ans.

Toujours à New-York au sein de l'unité multiculturelle : le 39th régiment de volontaires ou les gardes de Garibaldi, il y avait une compagnie de français qui était équipée, comme le reste du régiment, avec la belle tenue des Bersaglieri italiens. Le 53rd régiment des Zouaves plus connu sous le nom de Zouaves d'Epineuil fut formé à Brooklyn en août 1861 par le Colonel Lionel D'Epineuil. Ce dernier ancien officier de l'armée française donna à son unité une réplique de la tenue du 6ème régiment de Zouave français. Attiré par cette spécificité française, le régiment attira d'autres cadres issus de l'armée française donnant une expérience non négligeable à l'unité. Autre particularité, en plus de ses membre, francophones, ou d'origine française, le régiment accueillait une compagnie d'indiens de la réserve de Tusca Rora. Bien qu'ayant été initialement recruté pour un service de trois ans, le régiment souffrit de troubles internes et fut dissous en 1862, ses membres reversés dans différentes unités comme les 132nd ou 162nd régiments de New-York.

L'unité des "Enfants perdus" était un bataillon indépendant de New-York levé par le colonel Felix Confort, ancien capitaine de l'armée française. Le nom "enfants perdus" fait allusion aux petits détachements utilisés dans les missions périlleuses pour l'assaut des brèches des villes assiégées et provient certainement de l'expérience de la guerre de Crimée de son colonel. L'unité fut affectée au 18ème corps et participa entre autres aux opérations de la Charleston près de Morris Island. L'unité composée de 6 compagnies était à majorité franco-germanique. Leur tenue était celle des chasseurs français bleu foncé à parement jaune jonquille. Un shako ressemblant au modèle français et pantalon large. Une belle tenue faisant clairement ressortir l'influence française de l'unité et qui changeait des sempiternels uniformes de zouaves.

(illustration : 55th New-York par Don Troiani )

Les Français dans la guerre de Sécession
Les Français du Sud

La Louisiane vieille colonie francophone vendue aux États-Unis en 1803 par Napoléon comportait la plus grande minorité francophone du Sud d'environ 15000 personnes. La Louisiane et la ville de la Nouvelle-Orléans voient plusieurs unités de volontaires au recrutement essentiellement français et totalisant presque 3000 hommes. Il est bon de rappeler que l'engagement des Français de Louisiane ne répondait pas forcément à une adhésion pure et dure envers les principes de la confédération et fut hélas teinté de contrainte. Les officiers et soldats de ces détachements furent parfois forcés d'intégrer leur unité sous peine de devoir quitter l'état rompant ainsi leur droit à la neutralité comme l'exigeait leur souverain Napoléon III. Si les Français de Louisiane désiraient aider leur pays d'adoption cela ne signifiait pas nécessairement qu'ils étaient prêts à combattre contre l'Union.

Parmi les unités françaises de la ville, citons la légion française regroupant 6 compagnies et 1200 hommes, la garde d'Orléans, les volontaires français soit 800 hommes et les volontaires indépendants. Financés et équipés aux frais des notables et de la minorité francophone de la ville, ces hommes ont porté une tenue proche de celle du soldat de ligne français de l'armée impériale soit une capote gris de fer bleuté (et non bleu horizon) un pantalon rouge garance et un képi mou rouge et bleu.

Ces unités furent amalgamées avec d'autres détachements de volontaires et de milices étrangères comme les Belges, les Suisses, les Espagnols, les Allemands et les Italiens et formèrent une brigade européenne. Des officiers français refusant d'adhérer à ce recrutement multiculturel se regroupèrent au sein de la "french brigade" dont les membres étaient exclusivement français ou d'origine française. Ces unités étrangères et particulièrement les Français vont se comporter admirablement dans le maintien de l'ordre de la ville durant l'attaque de la flotte nordiste et la retraite des troupes confédérées de la Nouvelle-Orléans en empêchant que les émeutiers mettent la ville à feu et à sang en saccageant et en pillant les réserves de nourriture. Devant l’efficacité de ces milices, les troupes fédérales commandées par le général Butler insistèrent pour qu'elles demeurent en activité et continuent d'assurer le maintien de l'ordre. Mais les volontaires étrangers refusèrent et furent dissous. Encore en Louisiane des régiments tels le 10th ou le 18th Louisiana, surnommé le régiment créole, comprenaient un nombre important de Français et francophones. Le 10th régiment était d'ailleurs commandé par le colonel Antoine Jaques Philippe de Mandeville de Marigny, ancien officier de l'armée française, et secondé par de nombreux officiers français ou d'origine française. Même si la majorité des hommes du régiment n'étaient pas français, l'entraînement était basé sur un règlement français et les ordres étaient donnés en français.

Mais la Louisiane demeure le seul exemple où des unités constituées à majorité francophone ont pu se concrétiser. La plupart du temps les Français du Sud qui s'engagèrent pour la cause confédérée le firent de manière isolée dans n'importe quelle unité. Les tentatives de mettre sur pied d'autres unités françaises ne purent aboutir faute de volontaires suffisants ou de trop grosses dissensions dans l'encadrement. Des Français se firent aussi remarquer comme officiers en commandant des régiments comme le colonel Felix Dumonteil de la Greze du 14th régiment de cavalerie ou au Texas où un immigrant français, Xavier Blanchard Debray leva le 26th régiment de cavalerie du Texas plus connu sous le nom de lancier de Debray avec ses hommes équipés et entrainés à la française.

Il est vraisemblable que près de 15000 Français se soient battus dans la guerre civile américaine, soit un apport quasi négligeable sur les trois millions d'hommes qui ont participé au conflit. Mais cette participation symbolique qui représentait une part nettement moins anecdotique de la population francophone présente aux États-Unis, a permis de confirmer l'attachement des Français aux valeurs américaines, initié avec l'intervention de La Fayette en son temps pour l'indépendance des 13 colonies américaines. En outre le prix du sang a certainement joué en la faveur de la minorité francophone pour une meilleure intégration future au sein de la nation américaine, les faisant mériter leur place au même titre que les Allemands ou les Irlandais par le sacrifice consenti sur les champs de bataille et dans les deux camps. Même si l'intervention de ces hommes n' a en rien décidé de l'issue du combat, elle apparaît comme un besoin ressenti par cette petite minorité de prouver quelque chose. Un but qui se situe entre la perpétuation des exploits militaires de la France à l'étranger et l'affirmation de sa petite présence en Amérique par une contribution guerrière.

( illustration : Le Prince Philippe d'Orléans Comte de Paris, membre de l'état-major de McClellan )

Les Français dans la guerre de Sécession
Nota Bene: la planche ne représente que des uniformes d'unités francophones du Nord ou des régiments comme le 39th New-York où une compagnie était à majorité francophone.

Sources:

Don Troiani " Regiments and Uniforms of the civil war "

Ron Field Men At Arms "The Confederate army Louisiane and Texas"

Annick Foucrier "La France et la guerre de Sécession"

http://www.univ-paris1.fr/autres-structures-de-recherche/ipr/les-revues/bulletin/tous-les-bulletins/bulletin-n-28/au-nom-de-la-france-restons-unis-les-milices-francaises-de-la-nouvelle-orleans-pendant-la-guerre-de-secession/

http://www.histoire-genealogie.com/spip.php?article1750

(illustration : général Régis de Trobriand )

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Re: Des Français dans la guerre de sécession

Message par REQUETE CARLISTE le Dim 27 Mai 2018 - 22:00

J'espère que l'article précédent vous a intéressé comme Henryk qui a déniché sur le net, un article dans : le Courrier de Floride, le journal des francophones de Floride.
Et je l'en remercie.

Je vous laisse le lire.


Prince Camille de Polignac : un général français chez les Confédérés


Il aura fallu éplucher des récits et des récits de soldats confédérés ayant participé à la bataille de la Red River pour savoir qui était ce « Prince Polecat » qui les avait héroïquement amenés à la victoire durant la première bataille sur ce site de Louisiane. Pas de « Prince Polecat » sur la liste des centaines de généraux confédérés. Et puis, Polecat… ça veut dire « le putois ». Et c’est ainsi la manière dont les « rebs » avaient choisi de surnommer cet excentrique officier français au nom imprononçable et dont personne ne voulait comme chef… jusqu’à ce jour où les circonstances s’imposèrent.


Bon il faut préciser que, avant d’arriver en Louisiane, le prince de Polignac n’avait jamais été officier de sa vie… même s’il en avait toujours rêvé. A son grand désespoir, le prince Camille « Polecat » de Polignac devait l’étoile sur son képi au fait qu’il était… le fils de Jules de Polignac, ex-premier ministre de Charles X, roi de France. Comment un prince français, et fils de premier ministre devient un héros des bayous de Louisiane ? Voici son histoire invraisemblable.

Son premier ministre de père avait été jeté en prison lors de la chute de Charles X. Et c’est là, ça ne s’invente pas, qu’a été conçu Camille. Né en 1832, Camille de Polignac passera la première partie de sa jeunesse avec la noblesse exilée en Angleterre. Ca tombe bien, sa mère est anglaise. Elle avait rencontré son père alors qu’il était ambassadeur à Londres. Après les années d’exil les Polignac sont autorisés à rentrer en France. Que ce soit à Londres ou à Paris, cette jeunesse mouvementée – qui lui donne peut-être le goût de l’aventure – se passe tout de même au sein la très haute noblesse (sa grand-mère était la meilleure amie de la reine Marie-Antoinette). En tout cas sa connaissance de la langue anglaise et du monde anglo-saxon vient de là.

Prince Camille de Polignac : un général français dans les armées confédéréesEn 1853, Camille de Polignac s’engage dans l’armée française comme simple soldat, fait rare avec un titre de noblesse si élevé, et surtout comparé à ses frères qui, eux, sont gradés. Il participe à la guerre de Crimée en 1854 et 1855, persuadé qu’avec un comportement héroïque, il gagnera ses galons à la force du poignet. Il fait tout pour… mais finalement, en 1859, il quitte l’armée désespéré de ne pas s’y être rendu célèbre. Changeant radicalement d’univers, Polignac part la même année en Amérique Centrale afin d’y étudier la botanique et l’économie politique. Mais il ne manque non plus pas les opportunités de rencontrer des notables locaux. C’est ainsi qu’il se lie d’amitié avec Alexander Dimitry, ambassadeur des Etats-Unis au Nicaragua. Dimitry, originaire de Louisiane, sait que les Etats du sud des USA vont vers la sécession, et il cherche tous les soutiens possibles pour la future coalition sudiste. Il voit dans le jeune Polignac un possible émissaire entre les chefs indépendantistes et le gouvernement français. Il demande à Camille de Polignac de partir à New-York City rencontrer les conspirationnistes. Ainsi, Polignac va séjourner dans la plus grande ville du nord des Etats-Unis en n’y rencontrant… que des sudistes. Le premier d’entre eux est le plus déterminé des généraux louisianais : Pierre « PGT » de Beauregard, celui-là même qui, quelques mois plus tard, tirera à Fort Sumter le premier coup de feu de la guerre civile. Polignac part défendre la cause sécessionniste à Paris, et il revient au début de la guerre. Il rencontre le président des « Etats Confédérés d’Amérique », Jefferson Davis, espérant obtenir de lui qu’il le nomme général. Mais Davis est partagé. D’une part Polignac peut leur être utile, mais de l’autre, les Sudistes ont une très haute opinion de leurs capacités militaires. S’ils n’ont pas l’industrie dont dispose le Nord, ils ont en revanche les meilleurs officiers, et ils tiennent à ce que cela reste ainsi. Polignac ne sera nommé « que » Lieutenant Colonel, ce qui est déjà une sacrée promotion pour lui ! Il sert alors dans les états-majors de Beauregard et de Braxton Bagg. Le 6 avril 1862, il participe à la sanglante bataille de Shiloh (sud-ouest du Tennessse) où Beauregard, malgré une première victoire, n’arrive pas à repousser l’armée d’Ulysse Grant. Le 29 avril il défend Corinthe (Mississippi) contre les avancées de l’armée de John Pope. En janvier 1863 Polignac est enfin promu brigadier général, et versé dans l’armée de Louisiane Occidentale de la région Trans-Mississippi où il dirige une brigade d’infanterie texane. Ils mettent les nordistes en échec dans leur tentative de conquête du Texas.



Polignac va ensuite devenir célèbre, et populaire durant l’épisode le plus héroïque de sa vie : la campagne de la Red River. Les sudistes savent que les armées du nord tentent de pénétrer en Louisiane le long de la rivière. Elles se portent en masse à leur rencontre, et la jonction se fait à Mansfield le 8 avril 1864. Les Nordistes avancent en colonne, protégés par leurs canons sur une colline. Le général Louisianais Alfred Mouton sonne la charge et il s’effondre quelques secondes plus tard : le fils de l’ex-gouverneur de Louisiane tombe sous les balles à l’âge de 35 ans. L’homme qui se tient à ses côtés prend le commandement de l’attaque : c’est Polignac qui fonce sur la colline, alors que sur son aile droite, un autre français d’origine alsacienne pour sa part, le colonel Xavier Debray, dirige la cavalerie du Texas. Polignac charge dans la mêlée; « il se bat comme un tigre » témoignèrent les soldats dont, ce jour-là, il força l’admiration. Les hommes d’Abraham Lincoln sont obligés de s’enfuir.




Prince Camille de Polignac : un général français dans les armées sudistesLe 14 juin 1864, Camille de Polignac est élevé au grade de major général (l’équivalent d’un général deux étoiles dans l’armée française), il conserve la tête de la division de feu le général Mouton durant la fin de la campagne de la Red River, puis en Arkansas jusqu’à la fin de l’année 1864. Ono le surnomme « Le Lafayette du Sud ». Mais le Nord gagne de plus en plus. Le 17 mars 1865, il est envoyé en mission diplomatique en France afin d’obtenir des aides pour les Etats Confédérés. Il est reçu par l’empereur Napoléon III, mais sa cause est déjà perdue : le 7 avril le général Robert E. Lee a capitulé face au général Grant… la Guerre de Sécession est terminée.

Installé en France, Camille de Polignac publiera ensuite de nombreux articles sur la guerre de Sécession, et un livre politique sur l’après-guerre aux Etats-Unis, mais aussi des descriptions de ses voyages en Amérique Centrale. Et quand il réintègre l’armée française en 1870 pour la guerre Franco-prussienne, ce n’est plus en tant que « prince-inconnu », mais avec le grade de brigadier général.

Le 15 novembre 1913, quand il est mort à Paris à l’âge de 81 ans, Polignac était alors le dernier général sudiste encore en vie… ce qui ne lui sera pas suffisant pour entrer dans les livres d’histoire

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