L’ENSEIGNEMENT DES RELIGIEUX SUR LA ROUTE DU PROGRES HUMAIN …. DEPUIS TOUJOURS.

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L’ENSEIGNEMENT DES RELIGIEUX SUR LA ROUTE DU PROGRES HUMAIN …. DEPUIS TOUJOURS.

Message par Héloise le Mer 7 Fév 2018 - 14:35


ALEXANDRE DE RHODES se rattache à une souche de marranes aragonais fixée depuis longtemps dans le Vaucluse.
Il naît à Avignon, le 15 mars 1591, sujet du pape, mais Français de sentiment. Le Comtat Venaissin, en effet, est sorti par démembrement du Comté de Provence, fief mouvant de la couronne de France ; lorsque, plus tard, le missionnaire offrira au roi de France un de ses ouvrages, il en signera la dédicace d'un "sujet et serviteur". En 1612, le jeune de Rhodes s'enrôle dans la pieuse milice d'Ignace de Loyolo. Son noviciat une fois terminé à Rome, il se rend à Lisbonne, seul port, en vertu du droit de patronage conféré au Portugal en 1493 par le pape Alexandre VI Borgia, d'où il sait possible de s'embarquer pour les Indes Orientales. Le 4 avril 1619, il prend passage sur une de ses lourdes caraques portugaises capables de porter 60 canons et 1 000 hommes, qui "ressemblent plutôt à des villes qu'à des vaisseaux".
"Monastère flottant", la Sainte-Thérèse n'emporte pas moins de douze religieux, six Pères Jésuites et six prêtres séculiers. Après avoir relâché deux ans et demi à Goa, neuf mois à Malacca, huit mois à Batavia, dont trois en prison, "pour avoir osé dire la messe dans une ville où cela était expressément défendu", notre religieux touche enfin au port. Le 29 mai 1623, il arrive à Macao, "ville de la Chine tenue par les Portugais".
Dans l'esprit de ses supérieurs, le Père de Rhodes devait être envoyé au Japon, mais il ne put suivre cette destination. Après une période de tolérance, le Japon était entré dans une ère d'implacable hostilité à l'égard de la religion chrétienne. En 1613, un édit avait enjoint d'expulser tous les prédicateurs, de détruire les églises, de contraindre les convertis à une apostasie immédiate. La clôture du japon eut pour conséquence imprévue de détourner l'activité missionnaire sur l'Indochine orientale. L'archipel nippon étant désormais terre interdite. Le Père de Rhodes fut dirigé sur le pays d'Annam, où il accomplit deux séjours successifs, traversés de maintes vicissitudes, faveurs et vexations, tranquillité et proscription.
Parti de Macao avec six de ses confrères, le Père de Rhodes débarque le 12 janvier 1624, à Tourane (ou à Faifo). Il se met aussitôt à étudier la langue. Bien accueilli par le seigneur de Hué, le Chua Té-Vuong, il prêche, baptise, confesse, administre, organise des chrétientés. Après dix-huit mois de présence en Cochinchine, le Père est mandé à Macao, où l'on a pensé à lui pour ouvrir la mission du Tonkin. Tout heureux d'aller vendanger cette nouvelle vigne du Seigneur, le Père aborde, en mars 1627, dans le Thanh-Hoa. Il se fait bien venir, là aussi, du prince, le Chua Trinh-Trang, qui lui laisse une complète liberté. Le Père fait de multiples et sensationnelles conversions dans les provinces du Sud et à Hanoï ; mais les missionnaires éveillent bien des jalousies. Leurs détracteurs les accusent d'entretenir des relations avec les Man de Caobang et avec les Nguyen de Hué, ennemis jurés des Trinh. Trinh-Trang se fâche et bannit les missionnaires en mai 1630.
Le Père de Rhodes passe les dix années qui suivent à Macao, il y professe la théologie et catéchise les Cantonnais ; sans grand profit, car, s'il entend fort bien le Chinois, le missionnaire ne le possède pas assez à fond pour pouvoir l'employer dans ses prédications. En février 1640, le Père de Rhodes est envoyé derechef en Cochinchine. Il y demeurera, cette fois, deux ans et demi, sauf deux voyages à Manille et à Macao, à Tourane et dans les provinces du Nord et au Sud de la ville royale. Le Jésuite reçoit "de grandes caresses" de quelques gouverneurs de province. Cependant, les adversaires ne désarment pas ; la persécution se rallume. Le Père de Rhodes est réduit à se cacher ; il est jeté en prison avec huit de ses chrétiens, dont deux subissent la peine capitale, et finalement expulsé.
Le Père de Rhodes ne reverra plus jamais l'Indochine, ni ces populations vietnamiennes qui  lui ont inspiré un amour passionné ! "Je quitterai de corps la Cochinchine ; mais certes, pas de coeur, aussi peu que le Tonkin. A la vérité, mon coeur est tout entier en tous les deux et je ne crois pas qu'il en puisse jamais sortir", écrit le Père dans son savoureux langage.
DES 1640, IL AVAIT GROUPE 120 000 CHRETIENS EN INDOCHINE.
Le prosélytisme catholique a commencé à s'exercer en Indochine bien avant le Père de Rhodes. Dès 1533, un édit prescrivait la religion prêché au Tonkin par "un homme de l'océan, Inikhu", sans doute un religieux venu de Malacca (Ignace). A partir de 1550 et surtout de 1580, des Franciscains, des Dominicains, des Augustins, portugais, espagnols ou italiens, séjournent ou du moins passent en Indochine. Mais ni les uns ni les autres n'obtiennent de résultats appréciables. La prédication missionnaire se heurte, en effet, à une irréductible opposition, dont les principaux tenants sont les souverains, grands prêtres du culte du Ciel et de la Terre, les mandarins et les lettrés, ferrés des doctrines confucéennes et très attachés au culte des ancêtres, les bonzes bouddhistes, les eunuques du palais, défenseurs intéressés de la polygamie.
A l'encontre de ses prédécesseurs, le Père de Rhodes va remporter au contraire, de prime saut, un succès inattendu. Cette étonnante réussite ne peut s'expliquer que par les exceptionnelles qualités de coeur et d'esprit du jésuite avignonnais. Comme ses devanciers, le Père de Rhodes est animé d'une foi ardente, mais l'efficacité de cette foi est doublée par des mérites qu'il est rare de trouver réunis. Le Père possède ce don précieux entre tous, le don de sympathie ; nature enthousiaste et généreuse, il excelle à inspirer à autrui l'amour qu'il éprouve lui-même pour toutes les créatures de Dieu. A l'imagination brillante et fertile du Méridional, il joint le sens des réalités et une connaissance approfondie de la psychologie des individus et de la psychologie des foules.
Il parvient à faire des conversions jusque sur les marches du trône, dans la personne, par exemple, de "Madame Marie", tante du second seigneur de Hué, qui deviendra une des plus fidèles zélatrices de la religion d'Occident. Le Père ne néglige pas les masses pour autant. Se donnant tout entier à sa tâche, il accepte comme un bonheur toutes les petites et les grandes misères d'une existence particulièrement pénible ; pour visiter son troupeau très dispersé, il brave la fatigue et méprise le danger. Elargissant constamment le cercle de son obédience, il parcourt sans trêve ni répit toutes ses paroisses, dont la plus petite a "six-vingt lieux d'étendue".
Pourtant, quelle que soit son inlassable activité, le Père sait bien qu'il ne pourra pas à lui seul satisfaire aux exigences de son ambition sans mesure, pour la plus grande gloire de Dieu. Aussi, afin d'étendre le rayonnement de son action personnelle, a-t-il l'heureuse idée de recourir à des cadres autochtones improvisés. Il instruit à la hâte des auxiliaires, les catéchistes, à qui il insuffle son zèle apostolique et il les envoie de tous côtés "en escadrons", éclairer et défricher le terrain promis aux prochaines moissons, préparer leurs compatriotes à recevoir la parole de Dieu et le baptême.
De par sa formation première, le Père de Rhodes était avant tout un homme de science et d'étude. Mais, sitôt arrivé en Indochine, il se révéla un maître d'action, un entraîneur d'hommes, un organisateur de première force. A sa voix, les conversions se multiplient, formant boule de neige. En 1640, quand l'apostolat du Père de Rhodes prend fin, on ne compte pas moins déjà, au dire des missionnaires, de 120 000 chrétiens en terre indochinoise, 80 000 environ au Tonkin, 40 000 en Cochinchine.
Un autre secret du succès du Père de Rhodes réside dans le fait que, le premier, il a compris l'intérêt majeur qu'il y a, pour un missionnaire, à pouvoir s'adresser DIRECTEMENT à ses ouailles, d'homme à homme, de bouche à oreille, sans recourir à l'intermédiaire d'interprètes peu instruits et manquant de conviction intime.
Le Père de Rhodes avait surtout travaillé les mathématiques, mais il avait une facilité merveilleuse pour l'étude des langues. Polyglotte d'une rare envergure, il connaissait de jeunesse, en dehors de sa langue maternelle, le provençal, le français et l'italien ; très tôt, il apprit le latin, le grec, l'hébreu, le portugais. Au cours des 34 années qu'il vécut en Asie, il s'assimila tour à tour l'hindoustani, le japonais, le chinois, le persan et, naturellement, le cochinchinois.
Le Père de Rhodes fut d'abord effrayé par les difficultés de cette dernière langue. "Pour moi, écrit-il, je vous avoue que, quand je fus arrivé en Cochinchine et que j'entendis parler les naturels du pays, particulièrement les femmes, il me semblait entendre gazouiller des oiseaux et je perdis l'espérance de pouvoir jamais apprendre cette langue". Mais le Jésuite n'était pas de ces hommes qui se découragent pour si peu. Il se jeta à l'eau et se familiarisa si vite avec la langue annamite qu'il fut en mesure, quatre mois après son débarquement, de confesser et, six mois après, de prêcher dans cette langue, ce qu'il ne manqua pas de faire par la suite, au Tonkin comme en Cochinchine, s'assurant, de ce fait, une large audience auprès de ses divers auditoires en état de réceptivité optimum.
Le Père de Rhodes ne se borna pas à parler le cochinchinois. Il contribua à forger une méthode permettant d’écrire cette langue plus aisément qu’avec les caractères chinois, dont une vie entière suffit à peine à acquérir la pleine maîtrise. Ne fallait-il pas, en effet, que les catéchumènes fussent mis à même, en très peu de temps, de s’initier eux-mêmes à la connaissance de la religion d’Occident ? En collaboration avec plusieurs de ses confrères et avec des catéchistes vietnamiens, le Père de Rhodes, délaissant l’écriture Chunom, c’est-à-dire les caractères chinois usités en pays d’Annam, imagina de créer un système d’écriture exprimant, non plus des IDEES,  par le moyen d’une multitude de signes d’une effarante complexité, mais seulement de quelques SONS, relativement simples, avec lesquels sont formés tous les mots du vocabulaire.
De ces efforts conjugués sortit une transcription nouvelle de la langue annamite, transcription purement phonétique, fondée sur les 24 lettres de l’alphabet latin, agrémentés de quelques signes conventionnels particuliers. Le pays d’Annam se trouva dès lors pourvu d’une écriture bien à lui, d’un « langage national » le QUOC-NGU. Restreint longtemps aux besoins de l’enseignement de la religion catholique, le quoc-ngu devait par la suite, après l’intervention de la France au XIXè siècle, connaître une extension illimitée, une vitalité et une vogue telle que, dans la quasi-totalité de la péninsule, il a de nos jours rejeté dans l’ombre la graphie millénaire en caractères, tombée, en raison de son hermétisme ésotérique et de son incommodité, au rang d’un idiome archaïque et désuet.
Le Père de Rhodes est-il, comme on le dit souvent, le seul créateur, l’authentique inventeur du quoc-ngu ? On ne saurait aller aussi loin. Ce n’est pas le Père de Rhodes qui a eu le premier l’idée de romaniser l’écriture vietnamienne ; ce n’est pas lui qui a découvert le principe du quoc-ngu. Le quoc-ngu n’est pas sorti tout armé, si l’on peut dire, du cerveau du Jésuite provençal. Il est une œuvre collective à laquelle participèrent d’autres religieux, notamment les Pères François de Pino et Christophe Borri, les Pères Gaspar de Amaral et Antoine Barbora, ces deux derniers arrivés, du reste, en Indochine plusieurs années après le Père de Rhodes. Il n’en est pas moins vrai que le Père de Rhodes a joué un rôle capital dans cette création continue que fut le quoc-ngu. C’est moi qui, le premier, a classé systématiquement les sons ; c’est lui qui, par ses publications, a systématisé, perfectionné, vulgarisé le nouveau mode d’écriture, précieux véhicule d’une pensée claire, admirable instrument d’affranchissement et d’enrichissement intellectuels, placé à la disposition d’un peuple avide de s’instruire et de s’avancer rapidement sur la route du progrès humain. A ce seul titre, le Père de Rhodes doit prendre place parmi les bienfaiteurs du peuple vietnamien.
Si important qu’ait été le rôle du Père de Rhodes dans l’invention et la mise au point de l’écriture phonétique, plus décisive encore peut-être fut l’action que ce missionnaire exerça en tant que promoteur de la SOCIETE DES MISSIONS ETRANGERES, qui devait influer si profondément sur l’évolution générale des peuples d’Indochine.
Le Père de Rhodes avait été banni de la Cochinchine « sous peine de la vie ». L’y faire entrer à nouveau eût été une inutile témérité. Le visiteur apostolique de Macao préféré déléguer le missionnaire en Europe, pour y chercher du secours spirituel et temporel auprès du pape, des princes chrétiens et du général de l’Ordre.
Le Père quitta Macao en décembre 1645, non sans avoir appris le cochinchinois à deux confrères italiens destinés à le remplacer.  Après un voyage mouvementé, il arriva à Rome en juin 1649. Pendant trois ans, il y défendit avec ardeur un projet élaboré par lui, tendant au recrutement d’ouvriers apostoliques qui seraient uniquement adonnés à la conversion des « gentils » de l’Extrême-Asie. Le religieux fut chaleureusement reçu par la Congrégation de la Propagande, instituée depuis peu. Le pape Innocent X le chargea de trouver pour l’Extrême-Orient des évêques missionnaires qui auraient pour tâche de former des clergés autochtones et qui relèveraient exclusivement du Saint Siège, en dehors du patronat portugais.
Le pape, en difficultés alors avec la cour de France, suspecte de gallicanisme et de jansénisme, avait fait au Jésuite cette recommandation : « Surtout, pas de Français ! » Sans se laisser rebuter par ce qui n’était sans doute qu’une boutade c’est sur la France que le Père de Rhodes porta son effort de prospection parce que, estimait-il, « LA GLOIRE DE PORTER AU DELA DE TOUT L’OCEAN LE FLAMBEAU DE LA VERITE CHRETIENNE » devait appartenir « AU PLUS PIEUX ROYAUME DU MONDE ».
Le Père de Rhodes se rendit donc à Paris, en septembre 1652. Il y emporta l’adhésion empressée du Père Bagot, confesseur de Louis XIV enfant, et d’un groupement religieux dont le Père Bagot était le directeur spirituel, les « Bons Enfants ». Par la chaleur de sa parole, le Père de Rhodes gagna quelques-uns de ces jeunes hommes qui brûlaient de consacrer leur vie au Christ et de se dévouer à un apostolat plein de périls. Soutenus par la Reine-Mère Anne d’Autriche et par la Compagnie du Saint-Sacrement, les « Bons Enfants », à l’appel d’un des plus fervents disciples de l’Avignonnais François Pallu, entamèrent, en renfort de l’action amorcée par le Père de Rhodes, une active campagne qui aboutit, en 1658, à la fondation de la SOCIETE DES MISSIONS ETRANGERES, congrégation de prêtres séculiers, voués par un acte de leur volonté propre, sans engagements monastiques à l’apostolat extrême-oriental.
Le Père de Rhodes avait quitté l’Europe lorsque les premiers vicaires apostoliques de la Cochinchine et du Tonkin Mgr Pallu et Mgr Lambert de La Motte, furent désignés et se mirent en route pour leurs missions respectives. Il n’assista pas davantage aux premiers pas du séminaire de la rue du Bac, à Paris, pépinières des futurs missionnaires pour l’Extrême-Orient, qui fut institué en septembre 1663, par lettres patentes de Louis XIV.
Le Père de Rhodes n’en est pas moins le véritable instigateur, le père spirituel de la Société des Missions Etrangères. Sans son initiative, il est à présumer que n’aurait jamais vu le jour cette société qui, pendant deux siècles, allait de toutes ses forces contribuer au rapprochement moral, sous le signe de la charité chrétienne, de l’Extrême-Orient et de l’Occident.
Par modestie, le Père de Rhodes avait refusé à Rome de se laisser élever à la dignité épiscopale. Le Jésuite s’était attiré la vive inimitié du Portugal, dont toute son action avait tendu à saper, au bénéfice des prélats français, le monopole religieux en  Asie. Renvoyer le Père de Rhodes en Extrême-Orient eût été, de la part du Saint-Siège, une sorte de défi à la Cour de Lisbonne. Le souverain pontife préféra diriger le Père de Rhodes sur un autre théâtre. Fin 1654, l’apôtre de la Cochinchine et du Tonkin fut appelé à la tête de la mission de Perse, pays qu’il avait traversé lors de son voyage de retour. Le Père de Rhodes gagna Ispahan à la fin de 1655. Il finit ses jours dans cette ville, le 15 novembre 1660.
Revêtu de dons hors de pair, Alexandre de Rhodes appartient à la catégorie peu nombreuse des « ouvreurs de route », de ces êtres dont l’action a pour conséquence de modifier l’orientation d’une fraction de l’humanité. Pour avoir mis au point une méthode d’évangélisation et suscité des vocations apostoliques qui devaient par la suite s’avérer particulièrement fécondes, pour avoir surtout donné l’essor à un nouveau système d’écriture riche de possibilités virtuellement sans limites, le Père de Rhodes mérite d’être regardé comme LE PREMIER DES GRANDS PIONNIERS DE LA CULTURE EUROPEENNE EN TERRE INDOCHINOISE .
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