La vocation des Veilleurs : Attaquer le mal à la racine.

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La vocation des Veilleurs : Attaquer le mal à la racine.

Message par Chasseur le Sam 12 Oct - 10:57

GAULTIER BES DE BERC a 25 ans, il est professeur agrégé de lettres dans un lycée public de la banlieue sud de Lyon. Il a été chargé d’organiser la préparation et l’animation de la Marche de cet été. Liberté politique l’a interrogé sur le sens profond de l’intuition des Veilleurs, de leur mission politique et de leur avenir. Il ne répond pas à nos questions pas au nom des Veilleurs — qui n’ont pas de porte-parole — mais « en tant que simple veilleur lyonnais, veillant parmi d’autres depuis la mi-avril ».

Liberté politique. — Les Veilleurs — assis, debout, et marchant —  ont inventé une forme d’action politique nouvelle : comment la définissez-vous ? Vous situez-vous dans le registre politique, ou bien dans un registre public alternatif, par exemple culturel ou moral ?

Gaultier Bès de Berc. — En soi,  la veille n’est pas très nouvelle. Chaque génération invente sa ou ses manière(s) de veiller. La nôtre, je pense, éprouve de manière particulièrement forte le besoin de retrouver une place et une visibilité dans un espace commun de plus en plus fragmenté, privatisé. Il s’agit pour nous faire revivre l’esprit démocratique de l’agora, c’est-à-dire la volonté de simples citoyens de se rassembler régulièrement au cœur de la cité, sur les places publiques, de manière informelle et sans demander l’autorisation à qui que ce soit. Les Veilleurs n’ont évidemment pas le monopole de ce mode d’expression civique. J’ai pu l’observer sous des formes assez semblables à Strasbourg ou à Bologne. De même, les Sentinelles, initialement appelées Veilleurs debout, se sont inspirés de l’exemple d’un jeune protestataire turc de la place Taksim, inventeur de cette forme de résistance originale.

Il y a là un droit fondamental à reconquérir : pouvoir se rassembler librement et spontanément où nous voulons, dans la mesure stricte où nous ne troublons en rien l’ordre public. C’est un enjeu politique capital, et qui détermine tout le reste : les citoyens ont-ils ou non le droit d’être considérés par l’autorité publique comme des adultes responsables ? Dès qu’il y a infantilisation, il y a péril démocratique. Je viens d’apprendre par exemple que l’association Vélorution venait de se voir intimer l’ordre de déclarer chacune de ses « randonnées » parisiennes, sachant que la préfecture considère qu’il y a déplacement collectif à partir de deux cyclistes…

Cette prise de parole libre et collective répond à un besoin profond de réappropriation de la chose politique, à une époque où le pouvoir semble largement échapper aux citoyens de base, confisqué par ce qui apparaît de plus en plus comme une oligarchie peu soucieuse de l’intérêt général — les experts, les médias, les lobbies, les partis…

« VEILLER, C’EST CHERCHER CE QUI PEUT NOUS RELIER »

Les Veilleurs apportent toute de même une certaine nouveauté à cette forme de vigilance civique.

Sans doute. Il est toujours bon de rappeler que si les Veilleurs ne sont pas nés d’un sentiment vague de frustration démocratique, mais d’une révolte radicale face à une loi qui leur apparaissait une violence sur le fond comme sur la forme, ils ne s’y sont jamais cantonnés. La loi Taubira a cristallisé de profondes fractures à l’intérieur du pays dont l’illusoire clivage droite/gauche ne saurait rendre compte. Les Veilleurs ont eu dès le départ l’intuition que si nous étions arrivés sur des sujets sensibles à un tel degré d’incompréhension et de crispation — et parfois à une telle violence dans les amalgames et les anathèmes — ce n’est pas parce que X avait succédé à Y à la tête de l’État, mais bien plus profondément parce que nous manquons de plus en plus cruellement de ces références fondatrices qui seules permettent à une société de se reconnaître un passé et un destin communs.

Par exemple, la formule publicitaire « pour tous » n’est qu’un cache-misère universaliste : son égalitarisme marketing dissimule mal qu’elle renvoie moins à une intégration républicaine qu’à une dispersion communautariste, comme en témoigne éloquemment les salons du « mariage » gay.

Ainsi le conflit des intérêts particuliers — prétendu droit à l’enfant pour tous — a-t-il remplacé le souci du bien commun — droit inaliénable de chaque enfant à grandir avec un père et une mère. Nous avons perdu le sens de l’intérêt public parce que nous avons perdu le sens du dialogue, et d’abord pour toutes les questions qui concernent la vie de la cité. Et de cet appauvrissement de la vie politique, chacun de nous est responsable. Entre autres par notre désengagement, notre indifférence ou au contraire notre fascination malsaine, savamment entretenue par le système médiatique, pour la tambouille électorale, les polémiques creuses et les petites phrases assassines, tout ce qui contribue à faire disparaître la bataille des idées derrière la querelle des egos.

Veiller, c’est donc toujours chercher ce qui peut nous relier, ne serait-ce qu’un poème, ne serait-ce qu’un violon. Voilà pourquoi dès leur naissance, les Veilleurs ont eu à cœur de donner une place essentielle à la littérature et à la musique, pour que le partage d’une émotion artistique fasse de chaque veillée un trait d’union.

Est-ce en cela surtout, et pour cela, que votre démarche se veut alternative, dans sa fin comme dans ses moyens ?

Oui, nous ne sommes ni un groupe de prière ni un meeting partisan, nous n’avons ni morale ni programme à asséner. Nous ne sommes pas des gardiens de musée, des conservateurs de l’ancien monde, ni même simplement des indignés. Nous sommes des amoureux de la vie, c’est-à-dire de ce qui se transmet.

Comme le dit profondément Gustave Thibon, nous ne regardons pas vers ce qui fut, nous marchons vers ce qui demeure. Nous nous efforçons de ne jamais nous ériger en « camp du Bien » contre un prétendu axe du mal, en ligue de vertu contre la dépravation du monde, mais au contraire de croiser les sources de réflexion pour enrichir notre regard sur le monde contemporain, sans dédain ni repli. Ce qui implique et explique que nous allions chercher nos références dans des horizons divers : Gramsci, Hugo, Hélie de Saint-Marc, Proudhon, Camus, Aragon, Arendt, Tocqueville, etc.

Voilà sans doute une nouveauté qui ne manque d’ailleurs pas de surprendre, voire de choquer. Combien de fois m’a-t-on déjà reproché de citer des « gauchistes », comme si un auteur, penseur ou poète, pouvait se résumer à ses prises de position contingentes !

Veiller, c’est justement renoncer à son confort idéologique et à sa bonne conscience morale. C’est accepter d’être désarçonné. Et c’est pourquoi l’on s’assoit d’ailleurs ! Participe qui veut, quel qu’il soit, d’où qu’il vienne. Le décloisonnement doit l’emporter sur l’entre-soi. Je me dis souvent que tant qu’il y aura de nouveaux veilleurs, à chaque veillée, c’est que cela vaudra la peine de continuer.

La non-violence qui anime les Veilleurs fait de chacun de leurs rassemblements sur la place publique un carrefour ouvert, où doivent pouvoir se rencontrer toutes les générations et toutes les sensibilités, toutes les préoccupations et tous les projets. Nous serons un creuset utile à la société dans la mesure même où nous parviendrons à réconcilier, sinon les contraires, du moins les parallèles. Nous avons le sentiment que les approches culturelle et politique, écologique et anthropologique, sont non seulement conciliables mais indissolubles, et que c’est précisément de leur séparation radicale que nous souffrons.

« PROPOSER UNE RESISTANCE CULTURELLE A LA PENSEE UNIQUE »

À la croisée : cette expression définit bien l’intuition fondatrice des Veilleurs qui est de proposer, comme le dit Axel, une résistance culturelle à la pensée unique en suscitant une expérience à la fois esthétique et intellectuelle, en jetant des passerelles entre différents domaines, en refusant les schémas préconçus.

Nous sommes un carrefour d’intuitions et de réflexions que chacun peut partager librement, pourvu que soient respectées la liberté de conscience (qui implique un devoir de connaissance, comme nous l’a dit à Saint-Nazaire fin août François Billot de Lochner) et la dignité inaliénable de la personne humaine. Il s’agit d’inviter chacun à la responsabilité civique, qui est un devoir impérieux aussi bien culturel que philosophique, politique, éthique.

Pendant la marche de cet été, nous avons veillé sur des thèmes très différents, et parfois apparemment assez éloignés des problématiques de mariage et de filiation : la vulnérabilité, le corps et la science, utopies et idéologies, économie et écologie, résister et reconstruire, l’égalité et la justice, etc. À Lyon, récemment, nous avons réfléchi sur travail et dignité ; à Paris, sur la mort et la conscience.

À chaque fois, pourtant, de grandes lignes de convergences apparaissent : non seulement tous ces problèmes ont des effets communs, mais ils naissent des mêmes causes profondes, un constructivisme arbitraire, le refus des limites et des interdits fondateurs, la tentation prométhéenne d’une toute-puissance sur le monde… Nous cherchons tout simplement et avec tant d’autres, à savoir comment selon le mot de Bernanos « redevenir humains » dans un monde largement déshumanisé.

Comment voyez-vous l’avenir des Veilleurs ?

Les Veilleurs continuent à se réunir un peu partout, et continueront tant qu’il le faudra, pour aiguiser leur vigilance et enrichir leur bienveillance. Pour ne pas être dupes de ce vacarme qui nous détourne de l’essentiel, pour ne pas confondre l’écume des vagues et les grands courants marins, les agitations bruyantes de la surface et les bouleversements radicaux et souvent silencieux de nos modes de vie.

Tant qu’on dira aux animateurs des phrases comme : « Merci, vous m’avez ouvert les yeux sur tel ou tel problème » ; « Grâce aux Veilleurs, je me sens moins seul » ; « Je n’avais pas fait le lien entre ceci et cela » ; « Je n’aurais jamais cru qu’un tel puisse penser » ; Vous avez réveillé ma conscience politique » ; etc., nous continuerons à tracer humblement notre sillon.

Si au contraire, nous sentons que les gens viennent parce qu’il faut bien, parce qu’« on ne lâche rien », ou d’abord parce que la police nous intimide, alors sans doute faudra-t-il nous remettre en question.

Si la veillée n’est plus un point d’interrogation, l’occasion de réinterroger ses convictions à la lumière de tel ou tel penseur et d’éprouver une émotion à la lecture de tel ou tel poète, mais un point tout court, un discours d’évidences complices, une provocation contre les forces de l’ordre, une soirée mondaine ou purement militante, alors il faudra réorienter notre veille dans son sens original d’intériorisation de la violence idéologique extérieure par la rencontre et le dialogue. Le but doit rester en effet que chacun trouve matière à penser, non seulement pour affermir ses convictions, les éprouver au réel tel qu’il est et non pas tel qu’on voudrait qu’il soit, mais aussi parfois, si nécessaire, pour être prêt à les dépasser.

Lire la suite de l'article sur : http://www.libertepolitique.com/Actualite/Decryptage/Gaultier-Bes-de-Berc-Les-Veilleurs-attaquent-le-mal-a-la-racine


Dernière édition par Vincent le Jeu 8 Mai - 17:46, édité 1 fois
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Les Veilleurs, une résistance culturelle

Message par Chasseur le Mar 15 Avr - 20:13

Les Veilleurs, une résistance culturelle



On se dit qu’en principe les “Veilleurs” sont là pour veiller quelque chose.

Mais quoi ? C’est là tout le mystère et l’intérêt de ces réunions qui apparemment n’ont pas de but affiché, dont on avait pu croire qu’elles représentaient l’ex-croissance momentanée de la “manif pour tous”, mais qui semblent s’être installées durablement dans le paysage. Chaque jour, des veillées ont lieu dans plusieurs villes de France. Des centaines de villes, grandes et petites, et toutes les régions sont concernées, y compris les Dom-Tom et les Français de l’étranger, puisque des veillées peuvent avoir lieu à Nouméa ou devant le consulat de France à Jérusalem. Les rencontres durent environ deux heures, le soir, elles s’organisent devant des monuments ou dans des lieux fréquentés, à la lueur des bougies.

Après la première veillée le 16 avril 2013, on comptait déjà, le 13 juin, plus de 150 villes de France concernées. Le nombre augmente sans cesse et déborde la France.

Les veillées consistent essentiellement en lectures de textes. Parfois autour de thèmes : on note par exemple “le courage”, “économie et dignité”, “histoire et mémoire”, “liberté d’expression”, “pouvoir et fragilité”… On y chante, le Chant des partisans ou Je chante avec toi Liberté. On y organise des marches. Dans tous les cas, le mot d’ordre est la non-violence, le silence, le calme et le respect. Les “Veilleurs debout” demeurent là, écartés les uns des autres d’un mètre ou deux, impassibles. Ils se nomment eux-mêmes les “sentinelles”.

Pour la première fois depuis 1968, nous avons devant nous un mouvement de résistance culturelle devant une société destructrice de sens et matérialiste. Cependant, la différence est radicale entre les deux époques. Les acteurs de Mai 68 étaient violents et idéologues. Ils souhaitaient briser la société qu’ils détestaient, mais il ne s’agissait pas d’anarchisme, puisqu’ils voulaient remplacer la société matérialiste par une autre, totalitaire. Les acteurs d’aujourd’hui sont non violents et spiritualistes. Refusant la société matérialiste et prométhéenne, ils souhaiteraient lui trouver une âme, et au moins faire en sorte que ce qui subsiste d’âme ne s’éteigne pas. Ce qu’ils veillent, c’est la petite lueur de prudence, de pudeur, de décence, d’espérance, dans une société pathétique de mensonges, de snobismes, de toute-puissance et de consommation. Ils veillent ce qui reste de conscience dans des sociétés où le citoyen, prétendument libre, est devenu en réalité le fils servile et docile de l’État maternel et du choeur de la pensée conforme élitaire.

Cette âme, cette conscience encore vivante, se trouve dans les grands textes : tapie en quelque sorte dans tous ces livres considérés comme démodés, étrangers à la modernité et, surtout, trop complexes pour les cerveaux d’enfant qu’il faudrait aplatir au plus petit dénominateur commun (ne pas étudier Molière en classe pour ne pas humilier ceux dont la famille ignore que Molière est mort). Ainsi, chez les Veilleurs, on lit des textes de Sophie Scholl, de Thémistocle, de Taine, toutes choses dont on n’a pas connaissance à l’école, manière de dire : cela existe encore puisque nous en parlons ! nous avons besoin de ces témoignages ! ils peuvent nous aider à vivre… Et manière de dire : que l’Éducation nationale cesse de faire comme si ces textes n’avaient jamais existé ! que le conformisme ambiant cesse de faire comme si les réalités décrites dans ces textes avaient cessé d’être !

Nulle surprise de constater que la police a sans doute reçu l’ordre d’accabler spécialement les Veilleurs : ces groupes qui, non seulement ne cassent rien, mais ne laissent même pas un papier par terre, sont moins bien traités par les forces de l’ordre que ceux qui cassent les vitrines et laissent la désolation derrière eux. Il arrive que les Veilleurs soient emmenés et embastillés, ou bien interdits de se disperser et même de porter plainte, ce qui est contraire à toute démocratie. Comment le pouvoir supporterait-il ce déni silencieux de ses turpitudes ? On enchaîne aussitôt celui qui dit que le roi est nu.

Veiller et marcher représentent les deux activités symboliques essentielles de la culture occidentale. Marcher pour avancer vers des cieux meilleurs sous le signe de l’espérance. Veiller les signes secrets de cette promesse : l’humain vaut plus que ce qu’il simplement paraît. Aux moments d’oubli et de débandade, la sentinelle est sans conteste la figure la plus forte. Elle assue la sauvegarde du monde malade.

Chantal Delsol

Source : http://www.valeursactuelles.com/veilleurs-r%C3%A9sistance-culturelle
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La culture du néant

Message par Chasseur le Sam 28 Fév - 15:39

La culture du néant

En Orient comme en Occident, le néant semble prendre le dessus. De part et d’autre, il s’agit de rompre avec la racine de l’homme pour le faire entrer dans un projet politique qui cherche à se justifier sur le plan spirituel, un projet humain à prétention divine.



Article rédigé par Axel Rokvam, le 27 février 2015

Lire la suite : http://www.libertepolitique.com/Actualite/Editorial/La-culture-du-neant
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