Charlemagne (742-768-814)

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Charlemagne (742-768-814)

Message par Henryk le Sam 9 Déc 2017 - 13:27

DISCOURS DU SEIGNEUR CHARLES, EMPEREUR.

Écoutez, frères bien-aimés !



Nous avons été envoyé ici pour votre salut, afin de vous exhorter à suivre exactement la loi de Dieu et à vous convertir dans la justice et la miséricorde à l'obéissance aux lois de ce monde. Je vous exhorte d'abord à croire en un seul Dieu tout- puissant, Père, Fils, et Saint-Esprit : Dieu unique et véritable, Trinité parfaite, Unité véritable, Dieu créateur des choses visibles et des choses invisibles, dans lequel est notre salut, et qui est l'auteur de tous biens. Croyez au Fils de Dieu fait homme pour le salut du monde, né de la Vierge Marie par l'opération du Saint-Esprit. Croyez que pour notre salut il a souffert la mort ; que, le troisième jour, il est ressuscité des morts; qu'il est monté au ciel, où il est assis à la droite de Dieu. Croyez qu'il viendra pour juger les vivants et les morts, et qu'il rendra alors à chacun suivant ses œuvres. Croyez en une seule Église, c'est-à-dire en la société des bons par tout l'univers ; et sachez que ceux-là seuls pourront être sauvés, et qu'à ceux-là seulement le royaume de Dieu appartient, qui persévèrent jusqu'à la fin dans la foi, la communion et la charité de cette Église. Ceux qui à cause de leurs péchés sont exclus de cette Église, et ne reviennent pas vers elle par la pénitence, ne peuvent faire en ce siècle aucune action qui soit acceptée de Dieu.



Soyez persuadés que vous avez reçu au baptême l'absolution de tous vos péchés. Espérez en la miséricorde de Dieu, qui nous remet nos péchés de chaque jour par la' confession et la pénitence. Croyez à la résurrection de tous les morts, à la vie éternelle, au supplice éternel des impies. Telle est la foi qui vous sauvera, si vous la gardez fidèlement et si vous y joignez les bonnes œuvres; car la foi sans les œuvres est une foi morte, et les œuvres. Sans la foi, même quand elles sont bonnes, ne peuvent plaire à Dieu. Aimez donc d'abord le Seigneur tout-puissant de tout votre cœur et de toutes vos forces; tout ce que vous croyez devoir lui plaire, accomplissez-le toujours, selon votre pouvoir, avec le secours de sa grâce; mais évitez tout ce qui lui déplaît; car il ment celui qui prétend aimer Dieu, et ne garde pas ses commandements.



Aimez votre prochain comme vous-mêmes; et faites l'aumône aux pauvres selon vos ressources. Recevez les voyageurs dans vos maisons; visitez les pauvres, et soyez charitables pour les prisonniers ; autant que vous le pourrez, ne faites de tort à personne, et ne vous accordez point avec ceux qui font tort à autrui; car il n'est pas mal seulement de nuire au prochain, il est mal encore de s'entendre avec ceux qui lui nuisent. Pardonnez-vous mutuellement vos offenses si vous voulez que Dieu vous pardonne vos péchés.





Rachetez les captifs,
secourez ceux qui sont injustement opprimés,
défendez les veuves et les orphelins :
prononcez des jugements conformes à l'équité ;
ne favorisez aucune injustice ;
ne vous abandonnez point à de longues colères ;
évitez l'ivresse et les festins inutiles.
Soyez humbles et bons les uns envers les autres ;
soyez fidèles à vos seigneurs;
ne commettez ni vols, ni parjures, et n'ayez aucune entente avec ceux qui en commettent.
Les haines, la jalousie et la violence nous éloignent du royaume de Dieu.
Réconciliez-vous au plus facile tôt les uns avec les autres ; car, s'il est dans la nature de l'homme de pécher, s'amender est angélique, mais persévérer dans le péché est diabolique.
Défendez l'Église de Dieu et aidez-la, afin que les prêtres de Dieu puissent faire prier pour vous. Souvenez-vous de ce que vous avez promis à Dieu au baptême : vous avez renoncé au démon et à ses oeuvres; ne retournez, point vers lui, ne retournez point aux oeuvres auxquelles vous avez renoncé ; mais demeurez dans la volonté de Dieu comme vous l'avez promis, et aimez Celui qui vous a créés et par lequel vous avez eu tous les biens.

Que chacun serve Dieu fidèlement dans la place où il se trouve.

Que les femmes soient soumises à leurs maris, en toute bonté et pudeur; qu'elles se gardent d'actes déshonnêtes, qu'elles ne commettent point d'empoisonnements et ne se livrent point à la cupidité, car ceux qui commettent ces actes sont en révolte contre Dieu.
Qu'elles élèvent leurs fils dans la crainte de Dieu, et qu'elles fassent l'aumône suivant leurs fortunes, d'un coeur bon et joyeux. Que les maris aiment leurs femmes et ne leur disent point de paroles déshonnêtes ; qu'ils dirigent leurs maisons avec bonté et qu'ils se réunissent plus souvent à l'église. Qu'ils rendent aux hommes ce qu'ils leur doivent sans murmure, et à Dieu ce qui est à Dieu, de bonne volonté. Que les fils aiment leurs parents et les honorent. Qu'ils ne leur désobéissent point, et qu'ils se gardent du vol, de l'homicide et de la fornication; qu'ils prennent, quand ils auront atteint l'âge du mariage, une femme légitime, à moins qu'ils ne préfèrent entrer au service de Dieu.
Que les clercs et les chanoines obéissent diligemment aux commandements de leurs évêques ; qu'ils gardent leur résidence, et n'aillent point d'un lieu à un autre. Qu'ils ne se mêlent point aux affaires du siècle. Qu'ils conservent la chasteté : la lecture des saintes Écritures doit les rappeler fréquemment au service de Dieu et de l'Église. Que les moines soient fidèles aux promesses qu'ils ont faites à Dieu ; qu'ils ne se permettent rien de contraire à la volonté de leur abbé; qu'ils ne se procurent aucun gain honteux. Qu'ils sachent par coeur leur règle et la suivent régulièrement, se rappelant que, pour un grand nombre, il eût mieux valu ne pas prononcer de voeu que de ne pas accomplir le voeu prononcé. Que les ducs, les comtes et les juges soient justes envers le peuple, miséricordieux envers les pauvres, qu'ils ne vendent point la justice pour de l'argent, et qu'aucune haine particulière ne leur fasse condamner les innocents. Qu'ils aient toujours dans le coeur ces paroles de l'Apôtre : Il nous faudra comparaître tous devant le tribunal du Christ, où chacun sera jugé selon ses oeuvres, bonnes ou mauvaises. Ce que le Seigneur a exprimé par ces paroles : Comme vous aurez jugé, ainsi vous serez jugé vous-même, c'est-à-dire, soyez miséricordieux afin que Dieu vous fasse miséricorde. Il n'y a rien de secret qui ne doive alors être connu, rien de caché qui ne doive être découvert. Au jour du jugement nous rendrons compte à Dieu de toute parole inutile.

Efforçons - nous donc, avec le secours de Dieu, de lui plaire dans toutes nos actions, afin qu'après la vie présente nous méritions de nous réjouir clans l'éternité avec les saints du Seigneur. Celte vie est courte, et l'heure de la mort est incertaine : qu'avons-nous autre chose à faire, sinon à nous tenir toujours prêts? N'oublions pas combien il est terrible de tomber entre les mains de Dieu. Par la confession, la pénitence et l'aumône nous rendons le Seigneur miséricordieux et clément; s'il nous voit revenir vers lui de tout coeur, il aura aussitôt pitié de nous et nous fera miséricorde. Seigneur, accordez - nous les prospérités de cette vie, et l'éternité de la vie future avec vos saints.





Que Dieu vous garde, frères bien-aimés!
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Re: Charlemagne (742-768-814)

Message par Henryk le Sam 9 Déc 2017 - 13:28

et le massacre de Verden, cet Empereur qui termine temporairement ce que Rome n'avait pu finir.



Ozanam sur :


"Au moment où les Saxons semblaient se résigner à la conquête, ils firent le dernier effort que la liberté pût arracher à des barbares; et, pour combattre encore une fois, ils se disciplinèrent. Les forces divisées se réunirent; ces hommes, qui n'avaient que la passion des armes, obéirent à un chef qui en savait le métier. L'apparition de Wittikind ouvrit la seconde période de la guerre, et donna un adversaire à Charlemagne. Seul de tous les chefs, il n'avait rien juré; mais, suivi de quelques-uns des siens, il s'était retiré auprès de Siegfried, prince des Danois. C'était là qu'il attendait un temps meilleur, quand le bruit de la défaite de Roncevaux se répandit dans le Nord : on ajoutait que Charlemagne avait péri avec ses preux au pied des Pyrénées. Alors Wittikind se montra en Saxe, souleva les tribus, prêta à leurs efforts l'unité d'un grand dessein, et leur assura l'alliance des peuples de la Frise et du Danemark. Les barbares se jetèrent sur la Hesse et la Thuringe, brûlant les manoirs et les églises, portant partout le pillage et la mort. Les religieux de Fulde, qui virent de loin les flammes, chargèrent sur leurs épaules la châsse de leur père saint Boniface, sortirent du monastère, et allèrent camper à deux journées de distance, vers le sud. L'invasion s'étendit sur la rive gauche du Rhin, depuis Deutz jusqu'à Coblentz, et la Germanie tout entière parut échapper à la puissance des Francs. Mais Charlemagne vivait; ses ordres arrivèrent : les Francs orientaux et les Alémans se levèrent en masse, repoussèrent l'ennemi, et lui firent essuyer une défaite sanglante. Au printemps de 779, le roi marcha en personne contre les Westphaliens, les battit à Bochold et reçut leur soumission, qui entraîna celle de l'Ostphal et de l'Engern. L'année suivante, il parcourut le pays jusqu'à l'Elbe, où il campa. Wittikind était retourné chez les Danois; les baptêmes solennels recommençaient : une multitude immense avait demandé l'eau sainte à Horheim. On crut s'assurer des peuples par l'occupation systématique du territoire. Il fut divisé en districts, où l'on mit des évêques, des prêtres, des abbés. Le roi leur donna des terres; mais Dieu seul pouvait leur donner les âmes.

Deux ans s'écoulèrent. En 782, les Slaves sorabes envahirent l'Allemagne sur plusieurs points. A la faveur du premier tumulte, Wittikind, qui, du fond de son asile, entretenait le ressentiment des Saxons, reparut chez eux. Ils se souvinrent de leurs anciens dieux, de leur vieille indépendance, et ils reprirent leurs longs couteaux. Les troupes franques, mal commandées, furent défaites dans la vallée du Soleil (Suntal), au bord du Weser. Deux missi dominici, quatre comtes, vingt seigneurs et la moitié des soldats périrent dans la mêlée. En même temps les missionnaires furent chassés ou mis à mort, les chrétiens persécutés, et les ravages s'étendirent encore une fois jusqu'au Rhin. La longanimité de Charlemagne était à son terme; il agit en juge, et traita les vaincus en rebelles. Une assemblée fut convoquée à Verden sur l'Aller, à l'effet d'informer sur les causes de la révolte. Les nobles Saxons s'y rendirent, accusèrent Wittikind par contumace, et livrèrent ses complices, nu nombre de quatre mille cinq cents. Dix ans de combats avaient irrité les esprits. On considérait les serments quatre fois violés, tant de villes dont les ruines fumaient encore, tant de chrétiens égorgés sans défense; on connaissait les fureurs de ces barbares, leur passion du sang, leurs sacrifices humains. Les coupables, jugés par les chefs de leur nation, en cour de justice, selon la loi commune des Germains, qui punissait de mort les traîtres, furent décapités le même jour. Mais le nombre des condamnés devait les absoudre et soulever les contemporains, comme la postérité, contre l'horreur de cette exécution.


Les familles et les tribus s'armèrent pour venger leurs morts. Toute la Saxe se leva, et trouva Wittikind pour la conduire. La guerre fut sans quartier. Une grande bataille se livra auprès de Detmold. Les historiens des Francs leur attribuent la victoire; mais ils conviennent qu'elle leur coûta cher. Une tradition rapporte que les chrétiens vaincus se retirèrent précipitamment jusqu'au Mein, et qu'ils cherchaient en vain à passer le fleuve, quand une biche, se jetant devant eux, leur montra le gué. On appela ce lieu le Gué des Francs : Francfort. La tradition est fabuleuse, mais elle atteste qu'aux yeux des peuples la fortune de Charlemagne parut chanceler. Cependant ses armées, grossies de nouvelles recrues, écrasèrent les Saxons au bord de la Hase. Pendant deux ans il parcourut le pays dans toutes les directions, incendiant les récoltes, les hameaux, les lieux fortifiés; il s'avança deux fois jusqu'à l'Elbe, et passa l'hiver de 785 à Eresburg. Alors, voyant les ennemis épuisés, il leur offrit la paix.

De nobles saxons allèrent porter à Wittikind, au delà de l'Elbe, les proposions du roi. Le guerrier défiant exigea des otages, et, les ayant reçus, il se rendit avec Alboin, son compagnon d'armes, à Attigny, où il demanda le baptême. Cet exemple entraîna la Saxe, et la Frise l'imita. Charlemagne connut que ses desseins étaient accomplis. Il écrivit à Offa, roi des Saxons, pour lui annoncer une conversion qui faisait la joie de son règne. Le pape Adrien en reçut la nouvelle; il répondit " en rendant des actions de grâces à la clémence divine, parce que les nations païennes, rangées sous la puissance du roi, entraient dans la grande religion.

Pour louer Dieu d'une si éclatante victoire, il ordonnait trois jours de processions solennelles dans toutes les contrées habitées par les chrétiens. L'imagination des peuples s'empara de ce grand événement. On racontait qu'aux jours de fêtes solennelles, Charlemagne avait coutume de faire distribuer une pièce d'argent à chacun des pauvres qui se rassemblaient à sa porte. Or il arriva que, le jour de Pâques, Wittikind, en habit de mendiant, s'introduisit dans le camp pour en observer les dispositions. Le roi faisait dire la messe sous sa tente; et quand le prêtre éleva la sainte hostie, Wittikind vit, dans le pain consacré, la figure d'un enfant d'une beauté parfaite. Après la messe on distribua les aumônes. Le guerrier se présenta à son rang, fut reconnu sous ses haillons, arrêté, conduit au roi. Alors il raconta sa vision, demanda à devenir chrétien, et fit enjoindre aux chefs de son parti de poser les armes. Charlemagne le fit duc, et changea contre un cheval blanc le cheval noir de son écu. Ceci est le récit des Saxons. Ce peuple inflexible ne voulait avoir cédé qu'à l'intervention de la Divinité. D'un autre côté, les généalogistes placèrent Wittikind à la tête de la troisième race des rois de France, en le faisant aïeul de Robert le Fort.

Plusieurs légendaires le comptèrent au nombre des saints, et au treizième siècle la Chanson de Wittikind le Saxon était encore récitée par les jongleurs français. Son nom ne périt pas; il resta comme ceux de Roland, d'Arthur, de tant d'autres illustres vaincus que la poésie est allée ramasser sur les champs de bataille, comme pour montrer que l'imagination des peuples est généreuse, et ne se range pas toujours du côté du plus fort.



Une lutte qui depuis vingt ans mettait en feu toute la Saxe ne pouvait finir en un jour sur tous les points. Les Saxons de l'Ouest gardèrent la foi jurée; mais ceux du Weser se soulevèrent en 793. Les peuplades qui habitaient au nord de l'Elbe prirent les armes en 795 et 798, massacrèrent les comtes envoyés pour rendre la justice sur leurs terres, et se précipitèrent sur les Obotrites, alliés des Francs. Cette troisième période de la guerre se passa, comme les deux autres, en représailles sanglantes, suivies de passagères soumissions. Cinq campagnes successives ne suffirent pas pour réduire la révolte; il fallut déporter un tiers de la nation. On enleva les habitants des deux rives de l'Elbe, avec femmes et enfants, pour les disséminer dans la Gaule et la Germanie. Tous ne regrettèrent pas leur exil. " Ils aimèrent, dit un contemporain, ces grasses terres du Midi, qui leur donnaient de riches vêtements, des monceaux d'or et des flots de vin. " Les Slaves occupèrent le pays dépeuplé. Les châteaux de Hall, de Magdebourg et de Hambourg furent construits sur la Saale et sur l'Elbe. Un pont fortifié commanda le fleuve, et, plus loin, le cours de l'Eyder, frontière des Danois, marqua la limite de l'empire des Francs.



En réunissant, comme on vient de le tenter, tous les souvenirs historiques et traditionnels de la guerre que Charlemagne fit aux Saxons, on y trouve, comme nous l'avions prévu, et en tenant compte de la différence des siècles, tout le génie des croisades. C'est la même empreinte religieuse et militaire dans les récits contemporains : seulement, au lieu de la chevalerie et de cette gloire fraternelle partagée entre les compagnons de Godefroi, ici tout l'héroïsme chrétien est dans la personne de Charlemagne. Des deux côtés, les événements prennent le même cours. Toutes les guerres saintes sont premièrement défensives ; elles commencent par la juste résistance de la chrétienté, attaquée sur ses frontières. Mais, comme il n'y a pas de droit des gens avec des barbares, la guerre de défense, ne pouvant finir par la paix, se tourne en conquête, et la conquête se légitime en civilisant. Ainsi la politique des Francs se renfermait d'abord en ces termes : Arrêter les incursions
des païens et protéger la prédication de l'Évangile. Ils ne songeaient pas à pousser, l'épée dans les reins, les barbares au baptême. Les traités qui suivirent les premières campagnes ne soumettaient les Saxons qu'au serment de fidélité : les vainqueurs installaient le prêtre, et se retiraient ensuite, respectant la liberté de son ministère. Mais l'horreur d'une lutte désespérée égara le grand esprit de Charlemagne. Il crut avoir le droit de punir, quand il n'avait que celui de vaincre; et cette erreur causa le massacre de Verden. Ce jour-là, le pouvoir temporel commença à sortir de ses limites : maître du sol, il pensa l'être aussi des consciences, et voulut tenter par le glaive ce que la parole n'avait pas pu. Alors fut dicté le Capitulaire de 785. On y règle les droits des églises, en soumettant les Saxons au payement de la dîme. Onze articles prononcent la peine de mort. Les premiers punissent de grands crimes : l'incendie des lieux saints, le meurtre des prêtres, les sacrifices humains, l'anthropophagie, la félonie, la trahison. Mais les suivants frappent du même châtiment les païens qui refuseront le baptême, ceux qui brûleront leurs morts au lieu de les enterrer, ceux qui enfreindront le carême par mépris. D'autres dispositions ruinent la constitution fédérative de la Saxe. Les hommes libres sont convoqués au champ de mai des Francs, mais on leur interdit toute assemblée hors de la présence des missi dominici. Les juges sont réduits à tenir leurs plaids dans les limites de leur ressort, sans lien
commun, sous la surveillance des évêques et sous la réserve de l'appel au roi. Ainsi se font sentir, à tous les degrés, l'isolement qui décourage les résistances, et l'autorité royale qui les écrase. L'intérêt politique étouffe la pensée chrétienne : la barbarie se trahit par l'odieuse disproportion des délits et des peines, et, sous revivent.

L'Église condamne les abus de la victoire.

La guerre sainte avait fait fausse route. La papauté s'en aperçut, et s'efforça de désarmer des mains qui abusaient de l'épée : j'en juge par une lettre du pape Adrien, où le pontife traite de la pénitence qu'on doit imposer aux Saxons chrétiens retombés dans le paganisme. Il veut que, selon la tradition des anciens, la pénitence des relaps se mesure moins à la longueur du temps qu'à la sincérité du repentir : la satisfaction demeure donc à la discrétion de l'évêque, qui jugera si le péché fut volontaire ou forcé, et réconciliera le pécheur docile. Ainsi, tandis que le pouvoir séculier punissait de mort le crime d'idolâtrie, la puissance ecclésiastique cherchait à lui arracher le coupable pour le renvoyer devant un tribunal où l'on abhorrait le sang. D'autres voix s'élevèrent pour rappeler les saines maximes du christianisme. Le moine Alcuin, dont le nom faisait autorité par tout l'Occident, blâma hautement les ordres sévères du roi son maître. Il en écrivait en ces termes : " La foi, comme le définit saint Augustin, est un acte de volonté et non pas de contrainte. On attire l'homme à la foi, on ne peut l'y forcer : vous pousserez les gens au baptême, vous ne leur ferez pas faire un pas vers la religion. C'est pourquoi ceux qui évangélisent les païens doivent user avec les peuples de paroles prudentes et pacifiques; car le Seigneur connaît les coeurs qu'il veut, et les ouvre, afin qu'ils comprennent. Après le baptême, il faut encore des préceptes indulgents aux âmes faibles. L'apôtre Paul écrit à la jeune chrétienté de Corinthe : Je vous ai donné du lait et non du pain. Le pain est pour les hommes ; il représente ces grands préceptes qui conviennent aux âmes exercées dans la loi du Seigneur : et, comme le lait est pour l'âge tendre, ainsi l'on doit donner des règles plus douces à ces peuples ignorants qui sont dans l'enfance de la foi... Si le joug suave et le fardeau léger du Christ eussent été annoncés à ce peuple inflexible des Saxons avec autant de persévérance qu'on en a mis à exiger les dîmes et à faire exécuter toute la rigueur des dispositions de l'édit pour les moindres fautes, peut-être n'auraient-ils pas horreur du baptême. Que les propagateurs de la foi s'instruisent donc aux exemples des apôtres; qu'ils soient prédicateurs et non déprédateurs, et qu'ils se confient en Celui de qui le prophète rend ce témoignage : Il n'abandonna jamais ceux qui espèrent en lui. Ainsi l'Eglise rappelait l'immuable distinction du domaine temporel et du domaine spirituel, la liberté de l'âme, le respect des consciences ; et en réclamant ses droits elle revendiquait tous les droits de l'humanité.

Elle fut écoutée : il semble qu'une politique plus clémente prévalut dans les conseils de Charlemagne.
Un second capitulaire, daté de 797, ne renouvelle aucune des violentes mesures arrêtées douze ans auparavant. On y recommande l'observation de la paix publique en faveur des églises, des veuves et des orphelins. En punissant d'amende le plaideur condamné en appel au tribunal du roi, on retient les parties devant la cour de justice de leur ressort, et l'on relève l'autorité des juges nationaux. La loi saxonne est implicitement confirmée : seulement le prince y met une réserve qui est la plus belle prérogative des royautés chrétiennes, il s'attribue le droit de faire grâce. Ainsi tout inclinait à la paix, par pitié ou par lassitude. Une réconciliation décisive se fit à l'assemblée de Salz, en 805; on y vit, d'une part, Charlemagne avec tout l'éclat du titre impérial qu'il portait depuis trois ans, avec ses grands noms de successeur, des Césars et de maître de l'univers; de l'autre, les hommes nobles de Saxe stipulant pour leur pays. Ils promirent de renoncer au culte des idoles, de recevoir docilement les évêques, dont ils apprendraient ce qu'ils devaient croire, et de payer les dîmes prescrites par la loi de Dieu. En retour, le prince, se réservant seulement le droit de les visiter par ses commissaires et de choisir leurs juges, les affranchit de toute espèce de tribut, leur laissa les lois de leurs pères et tous les honneurs d'une nation libre. Les tribus de la Frise avaient obtenu les mêmes conditions; il leur fut promis qu'on respecterait leur liberté; tant que le vent soufflerait, et que le monde resterait debout."


Que cherche l'écrivain si subtilement dans ce fait historique?
Le Docteur merlin prendra parti contre Charlemagne dans l'album "païn"

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Re: Charlemagne (742-768-814)

Message par Mavendorf le Ven 29 Déc 2017 - 11:50

29 décembre = anniversaire de la canonisation de Saint Charlemagne.
Texte écrit à l'occasion du 850ème anniversaire de cet événement :




Trésor de la cathédrale d’Aix-la-Chapelle : le Bienheureux Charlemagne
(détail de l’un des reliquaires – bronze doré 1215)

C’est aujourd’hui, 29 décembre 2015, le huit-cent-cinquantième anniversaire de la cérémonie de canonisation du Bienheureux Charlemagne (rappelons qu’à cette époque on ne faisait pas encore de différence entre les « bienheureux » et les « saints »), qui fut célébrée à Aix-la-Chapelle le 29 décembre 1165.

Je n’ai aucune envie de redire ici ce que j’ai déjà eu l’occasion d’écrire à ce sujet le 28 janvier 2014 à l’occasion du douzième centenaire de la mort du grand Roi des Francs et Empereur (cf. > ICI), même si quelques « catho-hyper-coincés » – qui s’estiment sans doute mieux inspirés que le pape Benoît XIV (1740-1758) qui trancha pourtant la question, au terme d’une polémique de plusieurs siècles – continuent à nous faire grief de conserver et de défendre le culte liturgique du Bienheureux Charlemagne...


Source : ICI

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Re: Charlemagne (742-768-814)

Message par Chevalier du Temple le Ven 12 Jan 2018 - 16:58

On ne saurait exagérer la place occupée par Charlemagne dans l'histoire de l'Eglise. Cet empereur très chrétien fut le véritable chef religieux de l'Eglise franque. Tout au long de son règne de quarante-six ans, il n'a pas cessé d'employer son génie à répandre l'Evangile et à protéger la civlisation chrétienne. Toutes ses guerres, toutes ses expéditions, toutes ses conquêtes, ont eu pour but principal de défendre l'Eglise contre les attaques des infidèles, et, en même temps, de réaliser l'unité politique et religieuse de l'Europe ocidentale sous le sceptre d'un seul prince chrétien. Il a été le promoteur de la chrétienté au Moyen Age et, avant que le pape n'en devienne la tête, Charlemagne se considérait déjà comme le chef suprême de la société chrétienne d'Occident.

Trois grandes campagnes résument l'activité guerrière de Charlemagne : L'expédition contre les Lombards, celle contre les Sarrasins musulmans, et enfin la longue guerre contre les Saxons demeurés païens laquelle nécessita plus de 17 expéditions.

Charlemagne, c'est le plus grand monarque du Moyen Age. Devenu maître d'un immense empire, il a su l'organiser, y remettre en honneur les sciences et les arts, et faire accomplir de grands progrès à la civilisation chrétienne. Il fut toujours le fils soumis et dévoué de l'Eglise romaine. Il seconda les efforts des prêtres et des évêques sur le terrain social en établissant des hospices, des monastères, des écoles pour toutes les classes de la société. Par son décret de Châlons en 813, les enfants des serfs et ceux des hommes libres, reçurent l'instruction gratuitement. Il fut un administrateur habile et un grand capitaine, son prestige moral n'a jamais été dépassé.

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