Question de doctrine - V : Joseph de Maistre sur le devenir des nations

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Question de doctrine - V : Joseph de Maistre sur le devenir des nations

Message par Chasseur le Mer 4 Sep - 22:06





Joseph de Maistre (1753-1851) à son ami le Vicomte de Bonald :

« Jusqu’à présent les nations ont été tuées par conquête, c’est-à-dire par voie de pénétration ; mais il se présente ici une grande question : une nation peut-elle mourir sur son propre sol, sans transplantation, ni pénétration, uniquement par voie de putréfaction, en laissant parvenir la corruption jusqu’au point central et jusqu’aux principes originaux et constitutifs qui font ce qu’elle est ? »


Dernière édition par Vincent le Sam 30 Nov - 14:05, édité 4 fois
avatar
Chasseur

Messages : 3013
Date d'inscription : 16/07/2013

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Joseph de Maistre : Considérations sur la France

Message par Chasseur le Mer 4 Sep - 22:17

Chapitre IV - La république française peut-elle durer ?

Il vaudrait mieux faire cette autre question : La république, peut-elle exister ? On le suppose, mais c'est aller trop vite, et la question préalable semble très fondée ; car la nature et l'histoire se réunissent pour établir qu'une grande république indivisible est une chose impossible. Un petit nombre de républicains renfermés dans les murs d'une ville peuvent, sans doute, avoir des millions de sujets : ce fut le cas de Rome ; mais il ne peut exister une grande nation libre sous un gouvernement républicain. La chose est si claire d'elle-même, que la théorie pourrait se passer de l'expérience ; mais l'expérience, qui décide toutes les questions en politique comme en physique, est ici parfaitement d'accord avec la théorie.
Qu'a-t-on pu dire aux Français pour les engager à croire à la république de vingt-quatre millions d'hommes ? Deux choses seulement : 1o Rien n'empêche qu'on ne voie ce qu'on n'a jamais vu ; 2o la découverte du système représentatif rend possible pour nous ce qui ne l'était pas pour nos devanciers. Examinons la force de ces deux instruments.
Si l'on nous disait qu'un dé, jeté cent millions de fois, n'a jamais présenté, en se reposant, que cinq nombres, 1, 2, 3, et et 5, pourrions-nous croire que le 6 se trouve sur l'une des faces ? Non, sans doute ; et il nous serait démontré, comme si nous l'avions vu, qu'une des six faces est blanche, ou que l'un des nombres est répété.
Eh bien ! parcourons l'histoire, nous y verrons ce qu'on appelle la Fortune jetant le dé sans relâche depuis quatre mille ans : a-t-elle jamais amené GRANDE RÉPUBLIQUE ? Non. Donc ce nombre n'était point sur le dé.
Si le monde avait vu successivement de nouveaux gouvernements, nous n'aurions nul droit d'affirmer que telle ou telle forme est impossible, parce qu'on ne l'a jamais vue ; mais il en est tout autrement : on a vu toujours la monarchie et quelque fois la république.


La suite du texte : http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre3745-chapitre189897.html
avatar
Chasseur

Messages : 3013
Date d'inscription : 16/07/2013

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Les idées religieuses sont la base de toute société

Message par Chasseur le Mar 17 Sep - 21:17

Les idées religieuses sont la base de toute société

Joseph de Maistre – Considérations sur la France (1797)

Il y a dans la Révolution française un caractère satanique qui la distingue de tout ce qu’on a vu et peut-être de tout ce qu’on verra.
Qu’on se rappelle les grandes séances, le discours de Robespierre contre le sacerdoce, l’apostasie solennelle des prêtres, la profanation des objets du culte, l’inauguration de la déesse Raison, et cette foule de scènes inouïes où les provinces tâchaient de surpasser Paris : tout cela sort du cercle ordinaire des crimes, et semble appartenir à un autre monde.
Et, maintenant même que la Révolution a beaucoup rétrogradé, les grands excès ont disparu, mais les principes subsistent. Les législateurs (pour me servir de leur terme) n’ont-ils pas prononcé ce mot isolé dans l’histoire : La nation ne salarie aucun culte ?
Quelques hommes de l’époque où nous vivons m’ont paru, dans certains moments, s’élever jusqu’à la haine pour la Divinité ; mais cet affreux tour de force n’est pas nécessaire pour rendre inutiles les plus grands efforts constituants : l’oubli seul du grand Etre ( je ne dis pas le mépris) est un anathème irrévocable sur les ouvrages humains qui en sont flétris.
Toutes les institutions imaginables reposent sur une idée religieuse, ou ne font que passer. Elles sont fortes et durables à mesure qu’elles sont divinisées, s’il est permis de s’exprimer ainsi. Non seulement la raison humaine, ou ce qu’on appelle la philosophie, sans savoir ce qu’on dit, ne peut suppléer à ces bases qu’on appelle superstitieuses, toujours sans savoir ce qu’on dit ; mais la philosophie est, au contraire, une puissance essentiellement désorganisatrice.
En un mot, l’homme ne peut représenter le Créateur qu’en se mettant en rapport avec lui. Insensés que nous sommes, si nous voulons qu’un miroir réfléchisse l’image du soleil, le tournons-nous vers la terre ?
Ces réflexions s’adressent à tout le monde, au croyant comme au sceptique : c’est un fait que j’avance, et non une thèse. Qu’on rie des idées religieuses, ou qu’on les vénère, n’importe ; elles ne forment pas moins, vraies ou fausses, la base unique de toutes les institutions durables.
Rousseau, l’homme du monde peut-être qui s’est le plus trompé, a cependant rencontré cette observation, sans avoir voulu en tirer les conséquences. La loi judaïque, dit-il, toujours subsistante ; celle de l’enfant d’Ismaël, qui depuis dix siècles régit la moitié du monde, annoncent encore aujourd’hui les grands hommes qui les ont dictées… L’orgueilleuse philosophie ou l’aveugle esprit de parti ne voit en eux que d’heureux imposteurs.
Il ne tenait qu’à lui de conclure, au lieu de nous parler de ce grand et puissant génie qui préside aux établissements durables : comme si cette poésie expliquait quelque chose !
Lorsqu’on réfléchit sur des faits attestés par l’histoire entière ; lorsqu’on envisage que, dans la chaîne des établissements humains, depuis ces grandes institutions qui sont des époques du monde, jusqu’à la plus petite organisation sociale, depuis l’empire jusqu’à la confrérie, tous ont une base divine, et que la puissance humaine, toutes les fois qu’elle s’est isolée, n’a pu donner à ses oeuvres qu’une existence fausse et passagère : que penserons-nous du nouvel édifice français et de la puissance qui l’a produit ? Pour moi, je ne croirai jamais à la fécondité du néant.

Ce serait une chose curieuse d’approfondir successivement nos institutions européennes, et de montrer comment elles sont toutes christianisées ; comment la religion, se mêlant à tout, anime et soutient tout. Les passions humaines ont beau souiller, dénaturer même les créations primitives ; si le principe est divin, c’en est assez pour leur donner une durée prodigieuse.
Entre mille exemples, on peut citer celui des ordres militaires. Certainement on ne manquera point aux membres qui les composent, en affirmant que l’objet religieux n’est peut-être pas le premier dont ils s’occupent : n’importe, ils subsistent, et cette durée est un prodige. Combien d’esprits superficiels rient de cet amalgame si étrange d’un moine et d’un soldat ! Il vaudrait mieux s’extasier sur cette force cachée, par laquelle ces ordres ont percé les siècles, comprimé des puissances formidables, et résisté à des chocs qui nous étonnent encore dans l’histoire.
Or, cette force, c’est le nom sur lequel ces institutions reposent ; car rien n’est que par Celui qui est. Au milieu du bouleversement général dont nous sommes témoins, le défaut d’éducation fixe surtout l’oeil inquiet des amis de l’ordre. Plus d’une fois on les a entendus dire qu’il faudrait rétablir les Jésuites. Je ne discute point ici le mérite de l’Ordre ; mais ce voeu ne suppose pas des réflexions bien profondes. Ne dirait-on pas que saint Ignace est là prêt à servir nos vues ? Si l’Ordre est détruit, quelque frère cuisinier peut-être pourrait le rétablir par le même esprit qui le créa ; mais tous les souverains de l’univers n’y réussiraient pas.
Il est une loi divine aussi certaine, aussi palpable que les lois du mouvement. Toutes les fois qu’un homme se met, suivant ses forces, en rapport avec le Créateur, et qu’il produit une institution quelconque au nom de la Divinité ; quelle que soit d’ailleurs sa faiblesse individuelle, son ignorance, sa pauvreté, l’obscurité de sa naissance, en un mot, son dénuement absolu de tous les moyens humains, il participe en quelque manière à la toute-puissance dont il s’est fait l’instrument ; il produit des oeuvres dont la force et la durée étonnent la raison.
Je supplie tout lecteur attentif de vouloir bien regarder autour de lui ; jusque dans les moindres objets, il trouvera la démonstration de ces grandes vérités. Il n’est pas nécessaire de remonter au fils d’Ismaël, à Lycurgue, à Numa, à Moïse, dont les législations furent toutes religieuses ; une fête populaire, une danse rustique, suffisent à l’observateur. Il verra dans quelques pays protestants certains rassemblements, certaines réjouissances populaires, qui n’ont plus de causes apparentes, et qui tiennent à des usages catholiques absolument oubliés. Ces sortes de fêtes n’ont en elles-mêmes rien de moral, rien de respectable : n’importe ; elles tiennent, quoique de très loin, à des idées religieuses ; c’en est assez pour les perpétuer. Trois siècles n’ont pu les faire oublier.
Mais vous, maîtres de la terre, princes, rois, empereurs, puissantes majestés, invincibles conquérants, essayez seulement d’amener le peuple un tel jour de chaque année, dans un endroit marqué, POUR Y DANSER. Je vous demande peu, mais j’ose vous donner le défi solennel d’y réussir, tandis que le plus humble missionnaire y parviendra, et se fera obéir deux mille ans après sa mort. Chaque année, au nom de saint Jean, de saint Martin, de saint Benoît, etc., le peuple se rassemble autour d’un temple rustique : il arrive, animé d’une allégresse bruyante et cependant innocente. La religion sanctifie la joie, et la joie embellit la religion : il oublie ses peines ; il pense, en se retirant, au plaisir qu’il aura l’année suivante au même jour, et ce jour pour lui est une date.
avatar
Chasseur

Messages : 3013
Date d'inscription : 16/07/2013

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

L’âme de la France

Message par Chasseur le Mar 17 Sep - 21:19

L’âme de la France

Joseph de Maistre – Du Pape

Le Français a besoin de la religion plus que tout autre homme ; s’il en manque, il n’est pas seulement affaibli, il est mutilé. Voyez son histoire. Au gouvernement des druides, qui pouvaient tout, a succédé celui des Evêques qui furent constamment, mais bien plus dans l’antiquité que de nos jours, les conseillers du roi en tous ses conseils. Les Evêques, c’est Gibbon qui l’observe, ont fait le royaume de France : rien n’est plus vrai.
Les Evêques ont construit cette monarchie, comme les abeilles construisent une ruche. Les conciles, dans les premiers siècles de la monarchie, étaient de véritables conseils nationaux. Les druides chrétiens, si je puis m’exprimer ainsi, y jouaient le premier rôle. Les formes avaient changé, mais toujours on retrouve la même nation. Le sang teuton qui s’y mêla par la conquête, assez pour donner un nom à la France, disparut presque entièrement à la bataille de Fontenai, et ne laissa que des Gaulois.
avatar
Chasseur

Messages : 3013
Date d'inscription : 16/07/2013

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Principe générateur des constitutions politiques

Message par Chasseur le Mer 2 Oct - 15:41













avatar
Chasseur

Messages : 3013
Date d'inscription : 16/07/2013

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

L’Homme n’est pas une marionnette entre les mains de Dieu !

Message par Chasseur le Sam 26 Sep - 22:08

L’Homme n’est pas une marionnette entre les mains de Dieu !





Nous sommes tous attachés au trône de l’Etre Suprême par une chaîne souple, qui nous retient sans nous asservir.

Ce qu’il y a de plus admirable dans l’ordre universel des choses, c’est l’action des êtres libres sous la main divine.

Librement esclaves, ils opèrent tout à la fois volontairement et nécessairement: ils font réellement ce qu’ils veulent, mais sans pouvoir déranger les plans généraux.

Chacun de ces êtres occupe le centre d’une sphère d’activité dont le diamètre varie au gré de l’éternel géomètre, qui sait étendre, restreindre, arrêter ou diriger la volonté, sans altérer sa nature.

Dans les ouvrages de l’homme, tout est pauvre comme l’auteur ; les vues sont restreintes, les moyens roides, les ressorts inflexibles, les mouvements pénibles, et les résultats monotones.

Dans les ouvrages divins, les richesses de l’infini se montrent à découvert jusque dans le moindre élément : sa puissance opère en se jouant ; dans ses mains tout est souple, rien ne lui résiste; pour elle tout est moyen, même l’obstacle: et les irrégularités produites par l’opération des agents libres, viennent se ranger dans l’ordre général.

Si l’on imagine une montre, dont tous les ressorts varieraient continuellement de force, de poids, de dimension, de forme et de position, et qui montrerait cependant l’heure invariablement, on se formera quelque idée de l’action des êtres libres relativement aux plans du créateur.
Joseph de Maistre – Considérations sur la France (1797)


Source : https://bibliothequedecombat.wordpress.com/2013/08/29/lhomme-nest-pas-une-marionnette-entre-les-mains-de-dieu/
avatar
Chasseur

Messages : 3013
Date d'inscription : 16/07/2013

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Question de doctrine - V : Joseph de Maistre sur le devenir des nations

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum