Article Alliance Royale Metz - "Soumission" de Michel Houellebecq : l'entrée dans le néant

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Article Alliance Royale Metz - "Soumission" de Michel Houellebecq : l'entrée dans le néant

Message par Chasseur le Jeu 6 Aoû - 14:53

"Soumission" de Michel Houellebecq : l'entrée dans le néant
Par V


François, professeur de littérature parisien spécialiste de Huysmans, est le héros de "Soumission". Il est l'archétype du "Charlie", ou le pur produit de notre république à l'état de ruine.

François est, avant toute chose, matérialiste et hédoniste. Il est, non pas d'abord un athée, mais un païen moderne. Son seul objectif c'est d'avoir un bon salaire afin d'acheter toutes les jeunes filles qu'il désire. S'il réintègre l'université et s'il se soumet finalement à l'Islam, c'est principalement pour cela : plus il aura de pouvoir d'achat, plus il possédera de jeunes filles.

Il est également le parangon de l'homme nouveau. Travaillant pourtant sur Huysmans, il reconnaît qu'il ne dispose que de vagues notions sur le christianisme et ne connaît pratiquement rien à l'islam. En fait, la religion l'ennui et le christianisme est vraiment trop exigeant. La seule chose qu'il retire de ses études sur Huysmans, c'est l'importance des bons petits plats préparés par les femmes à la maison lorsqu'elles ne sont plus désirables. C'est la grande découverte de notre professeur d'université à propos de Huysmans.

Michel Houellebecq nous dit également que François ne connaît que bien peu de choses de l'histoire nationale. Certes, François ne voyage pas, mais ce n'est pas par amour pour la France : les voyages l'ennuient et le fatiguent. L'action se déroule à Paris, mais elle pourrait très bien se dérouler dans n'importe quelle ville cosmopolite. À tous les niveaux, François est un parfait déraciné. Son père est un connard, tout juste François s'étonne que son père ai pu se passionner de chasse et des beaux fusils. Cet aspect est encore renforcé par l'absence de description physique du héros. François n'a pas de corps ni de visage. En revanche, il a un sexe. C'est la seule chose que nous savons avec certitude de son apparence physique. Il est physiquement une bouche et un sexe ; presque une pure abstraction en somme.

Michel Houellebecq nous montre l'élite cosmopolite dans sa phase avancée de dégénérescence. Celle qui a tout abandonné et qui a tout trahi et qui, finalement, se fatigue de tout, sauf du pouvoir que donne l'argent. Cette élite sera, par conséquent, capable de se soumettre à l'islam, ou à n'importe quel autre messianisme, qui lui donnera enfin la caution qu'elle attend pour s'adonner sans restriction à son unique et ultime désire qui lui reste : l'argent et le sexe.

"Soumission" est donc aussi le dernier roman possible sur cette élite déracinée et dégénérée. Après cela, c'est le néant. "Soumission" est la phase qui précède l'entrée dans le néant. C'est la phase dans laquelle nous sommes. Pour Michel Houellebecq, qui a toujours écrit sur cette figure de l'épuisement de l'élite, il s'agit certainement d'un suicide littéraire.

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