Naissance d’une nation : Clovis et les principes fondateurs de l’identité française

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Naissance d’une nation : Clovis et les principes fondateurs de l’identité française

Message par Chasseur le Mar 16 Juin - 23:19

Naissance d’une nation : Clovis et les principes fondateurs de l’identité française



Conférencier et journaliste, Hilaire de Crémiers est un spécialiste de Charles Maurras. Il a donné des cycles de conférences dont on peut se procurer les enregistrements, sur Le Chemin de Paradis et les poésies de Maurras. Il a montré que ces œuvres mystérieuses portent un code symbolique qui donne un sens d’une profondeur insoupçonnable à l’œuvre du maître du nationalisme français.

“Spes unica rerum, Arverne”. “Arverne, unique espoir de l’ordre du monde” ! Arverne, c’est-à-dire Auvergnat, autrement dit Gaulois.

“Unique espoir du monde”  ! Nous sommes en l’an 455. La dynastie Théodosio-valentinienne vient de finir avec le meurtre de Valentinien III dans le stupre et dans le sang. Encore un empereur assassiné ! Et non sans motifs. Les Barbares, installés dans l’Empire sous le titre de fédérés, en prennent à leur aise avec les traités d’alliance, les fœdera, qui les lient en principe à la puissance impériale. Ils se constituent en royaumes indépendants dans les provinces des Gaules, notamment les Wisigoths en Aquitaine, les Burgondes en Sapaudie, entre le Rhône et les Alpes. Ils profitent de la moindre occasion pour s’étendre. Et puis voilà que Genséric, à la tête de ses Vandales qui conquièrent et ravagent la Méditerranée et ses pourtours, a fait le sac de Rome. Quinze jours durant ! Il entasse des dépouilles colossales en poursuivant ses brigandages. Ce n’est pas le premier sac de Rome depuis 410, ni le dernier !

Rome n’est plus rien : le patrice qui lui tenait lieu d’empereur, Petronius Maximus, est lapidé par les Romains eux-mêmes. Que reste-t-il du vieil ordre romain ? Eh bien, malgré tout, la Gaule. Il y a un peuple gallo-romain, il y a une aristocratie gauloise et qui se sait romaine. Elle se sent attachée à Rome, à l’ordre civilisé, comme elle se sent attachée à sa terre qu’elle aime, romaine et gauloise.

Alors, pourquoi pas un empereur gaulois ? Une idée mûrit chez quelques-uns : la Gaule va sauver Rome. Et comme l’amplification oratoire est de mode dans les écoles de rhétorique et surtout chez les Gaulois, l’idée se hausse : “La Gaule va donner à Rome un nouveau Trajan” ! Ainsi s’exprime Sidoine Apollinaire, au nom de la Gaule. Né à Lyon vers 431, il est de bonne noblesse gallo-romaine. Son père et son grand-père exercèrent la charge de préfet du prétoire des Gaules. Il a vingt-cinq ans et il est poète. C’est lui qui s’écrie : “Spes unica rerum, Arverne” ! A qui s’adresse-t-il ? Quel est cet Auvergnat, ce futur Trajan ? Son propre beau-père : Flavius Eparchius Avitus, qui a exercé lui aussi la charge de préfet du prétoire des Gaules et qui en est maintenant “magister militum”, maître de la milice, chef des armées en Gaule, per Gallias.

Avitus, de famille de haute noblesse arverne, s’impose. N’a-t-il pas repoussé aux frontières les nouveaux envahisseurs : Saxons, Huns, Alamans, Francs Rhénans ? N’a-t-il pas colmaté les brèches ? N’a-t-il pas rendu la justice en Gaule ? Assuré la sécurité ? Et surtout, n’est-il pas influent sur la cour wisigothique de Toulouse ? Théodoric, le roi Wisigoth, n’a-t-il pas appris naguère de sa bouche même, mot à mot, les poèmes de Virgile ? Il civilise les Barbares et il les ramène à leurs devoirs de fidélité romaine. Lui, le gallo-romain, il fait l’œuvre de Rome. D’ailleurs, le roi barbare n’a-t-il pas soufflé lui-même à l’oreille d’Avitus ce projet d’assumer le souverain principat ? “Tibi pareat orbis, ne pereat”, que le monde t’obéisse s’il ne veut pas périr. Ces Barbares, installés dans cette plaisante Gaule, n’ont-ils pas eux-mêmes intérêt à maintenir l’ordre romain ? Ne l’ont-ils pas prouvé, il y a quatre ans, en 451, quand ils se sont retrouvés tous unis derrière Aetius pour écraser les Huns, les Mongols, les nouveaux arrivants ? Mais il n’y a plus d’Aetius, lui-même d’ailleurs Hun par son père ; il a été assassiné et par l’empereur romain lui-même, Valentinien. Il y a Avitus, ce bon Auvergnat. Alors oui, c’est décidé, la Gaule unie va sauver Rome.

Toute la noblesse des Gaules accourt au nom d’Avitus. Sidoine les décrit, ces sénateurs gallo-romains, “ceux qui dominent les rochers neigeux des Alpes Cottiennes, ceux qui habitent les régions si diverses que baignent la Méditerranée et le Rhin, ceux enfin que la longue chaîne des Pyrénées sépare du diocèse d’Espagne”. Les voilà rassemblés à Beaucaire. Ils désignent Avitus qui en Arles est acclamé empereur, devant les troupes, revêtu des insignes impériaux et du collier gaulois, le fameux torque à deux boules. Voilà, Rome et la Gaule sont sauvées.

Sidoine suit son beau-père à Rome ; il en prononce le panégyrique devant le Sénat : “Spes unica rerum, Arverne”. Rome, il faut sauver Rome et la romanité. Sidoine fait parler la Ville éternelle dans une longue prosopopée. Elle appelle le ciel à son secours, elle veut retrouver sa force originelle : “Mea redde principia”, rends-moi mes origines, rends-moi mes enfances, s’écrie-t-elle. Elle n’a plus de frontières : “Nec limes nunc ipsa mihi”, et maintenant je ne suis plus moi-même pour moi-même une frontière.

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